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La tentation d'une île

Après une image comme ça, j’ai plus trop envie d’écrire.

Je me revois 3,5 mois en arrière, un août au milieu des vacances, rares, précieuses, parfumées à l’iode et aux tomates du jardin, et pas dans le train puant de la moitié de ce que l‘été du Shonan peut produire d’exécrable : l’huile solaire sur la cellulite des post-gyaru, le sable plein de mégots et de blénos, le jus maritime d’Enoshima (AKA la soupe de miso) qui sèche sur l’arrière du pied qui s’échappe des crocs, la transpiration et les essais de la couvrir à coup de produits chimiques tellement cheap que les Guinéens se seraient vus refuser l’entrée des boites libanaises de Conakry s’ils en portaient, le chu-hi aux gouts improbables, la friture de tout et n’importe quoi, la cyprine qui sèche avec une lenteur digne de service chez Freshness Burger et qui accentue la frustration de ne pas s’être fait monter par un grand maigre aux dents organisées comme un clafoutis.

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Comme un aigle.

Bref, je me répète et conchie l’été à Tokyo et sa Grande-Motte locale, la fierté déplacée en plus, le surf sur rien, le pseudo-cool qui pue le fric, et les fringues hawaiiennes de pacotille.

Ces photos ont été prises sur une île. Pas une inaccessible, où tu n’arrives qu’en bateau, à la nage, à dos de Bobby ou de sirène. Vous pouvez lire Jud pour ça. Sur celle-ci, vous irez en voiture, en partant de quelque part, emmené par la tamagomobile de Madame Boddicker.

C'est tôt ? Nan, c'est tard !

Ces iles qui servent à expliquer tout et n’importe quoi, surtout n’importe quoi*, je les aime malgré ma non-passion pour la mer.

Qui a déjà vu Malot et Akage s’ébrouer dans les vagues de Zushi pendant des heures, comme deux faméliques lamantins gays ? Personne ? Dommage, vous auriez compris ce que c’est que d’aimer la mer. Moi, je prends mon iode et je me casse, c’est tout.

Setou_Oh mon bato

*En gros, au Japon, n’importe quel comportement collectif absolument irrationnel ou rétrograde est explicable par les autochtones par cet argument en béton de Flamanville :

日本は島だからね / Ah oui méééé, le Japon c’est des îles, sépoursa.

Tu as raison, ma chérie. Le Royaume-Uni, comme vous, est à l’âge de pierre de l’émancipation sociale. Oh wait…

Avant Kim-jong-UnAprès Kim-Jong-Un

Variations.

Les îles du Seto, plus que la promesse du poisson frais, c’est un horizon ouvert, des possibilités d’isolement, mais peu de crainte du tsunami de la mort qui emporte ton slip séchant sur la branche et te laisse nu, errant à la merci du vent salé, des bourrasques iodées sur les burnes que burine le soleil de plomb de la Provence Japonaise. Cette eau est bonne, c’est pour ça.

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Parce que franchement, le Seto est ce que j’ai trouvé de plus proche de mon Gard natal, le FN et la pétanque en moins.

Une impression de chez moi, de plénitude, loin des connards qui crient ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ dans tout Tokyo, du Kyoto et ses ruelles au charme traditionnel, au Nara et ses biches pétantes, anus au vent. Si j’avais l’assurance de ne pas y mourir d’ennui et de pauvreté ("votre école de français, 3ème île sur la droite, 4km et 39 tournants dans la montagne, pour votre sécurité, n’utilisent pas apple.maps SVP"), je m’y installerais bien.

Comme des étrons flottants de Godzilla

Je m’excuse pour la vacuité de cet article. C’était un peu comme avec ta mère: un coup pour l’hygiène.

Et puis ce fut l’anniversaire de Pierre.

Pierre est niçois et épais comme ma cravate en tricot marron, c’est-à-dire environ le tiers de moi, en épaisseur. Ça ne l’empêche pas d’arborer un rostre nasal qui laisse présager une longue pine de perchiste ukrainien, mais je n’en sais rien, vu que tout le monde était bourré à défaut de bourrer. C’était un anniversaire, c’est normal, mais ça aurait pu dégénérer.

La station de Samezu n’est sans doute pas le coin le plus sexy de l’univers, mais ce n’est pas trop mal comparé à Lapalud (84) ou Pouzilhac (30). En gros, un parking et un patchinko de 6e zone t’agressent la gueule dès que tu en sors.

Moi, j’étais venu à pied d’Oimachi et je m’en battais les couilles, désormais très humides à cause de la pluie battante et de la transpiration dans ces putains de slips uniqlo dont la taille semble plus petite d’année en année, nach’dine !

Bref. Pierre et Kyoko, anciennement mon élève, se sont mariés il y a peu et ont emménagé à deux dans un appart grand comme le mien, ce qui pour moi relèverait du pousse au suicide en moins de 10 jours. Il manquait plus qu’un chien miniature à longs poils pour que je commande un curry indien, une corde et un butagaz, histoire de quitter ce monde dans une explosion en tous genres.


Mais après tout, ce n’était pas chez moi, et la fête non plus d’ailleurs. Nous allâmes dans un rade du coin, très Emmaüs pour la déco, 3 tables, 8 filles, 5 garçons, mais aucun rapport buccoanal au final, mais regretterais-je, puisque vu ce que tout le monde mangeait du motsu ? Une jolie fille pètée qui mange des abats la bouche ouverte, c’est aussi prometteur sexuellement qu’une Québécoise en sweat à capuche : bandaison très optionnelle, sauf pour les gens dans le délire INCEPTION (je pénètre le colon qui est dans ton colon…waouh…Di Caprio trouvera-t-il le chemin ?)
Je pense que les Chinois font vraiment l’objet d’une discrimination terrible. C’est un peu osé de dire ça, mais n’ayons pas froid aux yeux : je trouve que le racisme, c’est mal.

Enfin, ça se discute et n’engage que moi, hein, je ne voudrais choquer personne avec mes idées radicales, hein, tas de sous-merdes über-bisounours du net 2.0 ?

Alors, pourquoi ce racisme injuste envers les autres jaunes ? Moi, la serveuse du bar, je l’ai trouvé franche, très franche, avec sa moue kawaii de baudroie morte, qu’aucuns esprits chagrins interpretaient comme du dédain. J’ai aussi apprécié sa communication qui allait à l’essentiel, prenant en pitié mon humble face de gaijin à poil frisé, épurant la grammaire de ses formules de politesse désuètes et si difficiles à assimiler pour mon cerveau reptilien de con blanc qui transpire odorant.

J’ai apprécié la possibilité de gouter à un verre de 25cl de gin pur, et à la joie de la re-déranger pour commander le tonic, partageant avec elle ce moment d’étonnement (oui, dans mon pays, quand on commande un gin-tonic, on mélange le tonic avec le gin, et maintenant, je voudrais un verre de TONIC, point) magique, ce pont fait entre les cultures, cet émerveillement du quotidien.


Non, je ne couche pas avec Edouard Baer. Pourquoi ? Je suis si délicieusement con ?

Bref, à bas le racisme. Un peu. Je crois. C’est pas trop bien, en fait. Les tchongs employés à 800yens de l’heure et qui n’ont aucune raison d’aimer leur métier, aimons-les aussi.
Après, c’est devenu un peu flou. Des deux filles en face de moi, celle avec le plus de dents est devenue carpette, petit à petit. Pierre a dit que c’était normal, et en effet, ça avait l’air normal. Elle s’est offusquée vaguement que je fusse gentil avec elle alors que j’avais déjà une copine et puis s’est revautrée sur moi. Puis sur Pierre, qui frêle comme le roseau plia et revint à sa forme initiale tel le bois bandé de l’arc du guerrier Batabwa, ou plutôt comme le mec qui a de l’expérience avec les poivrots.

L’ennaniverseré fut couvert de cadeaux d’otaku qui les mérite (sauf de ma part, hélas, mais, ma présence n’était-elle pas un don du ciel en soit ?), on bût encore…Les filles sages rentrèrent brecouille, celles qui craignaient de ne pas l’être firent de même, Kyoko devint tactile et son mari suspicieux, je devenais lubrique, il était temps de rentrer.
Ce fut marrant. Merci Pierre.

Ma putain de vie numérique, il faut bien que je lui donne quelques plantes de temps en temps, histoire de ne pas vomir du digital par tous les trous. Insatiable, je suce des bits avec schizophrénie, me couchant à l’aube, le disque dur chaud et gonflé et l’œil rougit. Et soudain, le gosse qui grimpait pieds nus aux muriers se réveille, et il réclame du vert.

Donc, un dimanche, suivant les conseils avisés de secret-japan, je suis parti à Sankei-En, du côté de ce qui devrait être la mer, mais ressemble plus à une pataugeoire à pétroliers. Je n’ai pas dit que c’était horrible, hein ? Moi, du moment que ça mouille…Le charme industriel coulant de rouille façon Fos-Sur-Mer / désastre de l’aménagement du territoire post-trente glorieuses , ça prend aussi pour moi. Je ne suis pas difficile, je mange à tous les supertankers.

J’ai failli écrire "le temple" tellement ça semblait logique de trouve un temple dans un parc, mais il s’agit en fait d’une propriété privée.

Parce qu’au Japon, si tu finis par trouver vaguement normal de vivre dans 16m², il y a toujours un truc pour te rappeler que les gens qui ont de la caillasse (vous noterez que je n’ai pas dit "qui gagnent bien leur vie", ce qui est un peu différent) vivent dans 15 à 150 fois ta surface habitable. C’était comme ça jadis aussi. J’ai plein d’autres exemples en stock, mais je vous les ressortirai quand je n’aurai plus rien d’autre à dire et que vous aurez oublié ce post. Comme ça marche avec les magazines chaque été, ça doit bien marcher avec les blogs.


Bref. Grosse surface, pleine d’étangs artificiels grouillants de carpes ouvrant leurs bouches comme pour proposer un soulagement au moine dominicain de passage pour évangéliser les porteurs d’eau locaux, dont le cul musculeux dépasse fièrement de leur fundoshi, offert à la vue de tous, sans considération pour la préférence sexuelle de chacun, faisant vaciller un instant l’hétérosexualité du marin du coin, frustement assis sur une bite du port, attendant que le mousse lui monte une boisson chaude et ravigotante qu’il boira à même la berge.


On pourrait penser qu’après un parc du genre, on les a tous vus, et qu’après les plus beaux, à quoi bon voir les autres. Mais de même que tu as beau avoir surmonté, une vague bosse dans la poche, la déception et l’ennui terrible que représentent la vision d’un pornac japonais plein de mosaïques (que l’habile pochette pleine de trucs qui giclent t’avait fait apporter à la caisse du Tsutaya), tu risques quand même de te faire avoir de même la prochaine fois. Je dis "porno japonais" pour enfler la bande passante du site, comme j’aurais pu dire "Réon Kaneda s’ébrouant sur la plage, cachée derrière ses seins, ou inversement", puisque là aussi, tu croyais avoir tout vu (et rien vu en même temps, c’est la magie du truc), et pourtant, tu vas en redemander un de ces jours, c’est clair.

Bon, pour les parcs, c’est pareil : Même si tu en as vu d’autres, il y a toujours une émotion qui te traverse, sur ce qui prend tant de temps, le modelage des paysages, le choix des arbres, des pierres, sur ce qui semble perdu et finalement perdure, la fabrication des maisons, le système de fermeture des volets, l’entretien des bâtiments.


Le top, c’est cette maison traditionnelle, préservée avec une majorité de ses outils et ustensiles.
Des parquets qui glissent, des escaliers qui craquent, des recoins sombres où grand-père essayait de coincer sa petite fille à peine pubère (qui craque surement plus qu’elle ne glisse) à l’époque bénie de la loi du silence.

La vieille odeur du tatami et du cèdre, le toit en chaume, le grenier qui sent encore la fumée malgré un demi-siècle d’aération comme mes fesses sentent encore le talc après 30 ans de…euh, passons...les touches de sadisme ordinaire (l’évier à 16 cm du sol, comme ça t’es presque obligé de faire la vaisselle couchée, pendant que grand-père vient te…bref.), le bois qui sèche dehors, etc.

Une envie d‘y emménager tout de suite et d’y installer la fibre optique pour pouvoir continuer à vous écrire des choses aussi passionnantes que ma demi-molle devant du vieux bois, comme là, tout de suite.
Un fantasme de petit bourgeois, que mes parents ont réalisé jadis, version super-hardcore-de-la-mort, sans l’ADSL ni l’eau courante. Mais après tout, les temps ont changé, et pourquoi ne pas essayer d’avoir le beurre et l’argent du beurre ? Un jour, va savoir…

Avec un sac plein de pierre. En rangers. Comme des gros cons.

 Bon, j’ai voulu faire un essai, mais ça a raté : cet article devait être entièrement écrit, édité et mis en ligne sous Lubuntu, une variante très light d’Ubuntu, qui comme chacun de vous fait semblant de le savoir parce que les mecs sans vie sociale sont à la mode, est une distribution linux. Hélas, Picasa n’est pas disponible pour ce système d’exploitation. Donc moitié Lubuntu, moitié Win7, qui me les brise cordialement ces derniers temps. Et un essai : upload par Instagram.  

Preuve que ce blog redémarre vraiment doucement, parlons de promenade.

Comme j’en chie un peu physiquement depuis l’an dernier avec la hernie discale et ses conséquences (lombago, sciatique, priapisme, etc.), je suis devenu passablement gras et mou. Je me suis même refait une moustache hier, c’est dire.

Que faire dans cette situation, dans laquelle l’escalade devient impossible et où je désespère de redonner ce sublime, mais simple coup de reins langoureux qui faisait de moi l’étalon d’Akasaka jadis, où toutes les mamas de snacks* sentaient comme un papillon soyeux se poser sur leur ovaire gauche (le cancer ayant emporté le droit) au son de ma voix, où les vieux du billard du coin racontaient aux salarymen bleu-bite la légende d’Hanche d’Or, le gaijin qui arriva de nulle part donner un grand coup de queue dans le tas et casser le jeu, sans pitié pour les boules qui volaient, beau comme Kuristofu Ramberu MAIS avec des expressions faciales, couillu comme le dernier des derniers, puisqu’après tout, la légende le disait, qu’il viendrait, et que les têtes tomberaient les unes après les autres sur ses genoux musclés, qu’il les prendraient à plusieurs s’il le fallait, mais qu’à la fin, il ne pouvait en rester qu’un, un seul gaijin pour les féconder toutes !

Grosso merdo.

*Snack:  pas un croque-monsieur, au Japon, mais plutôt un rade à vieux-beaux tenu par une ancienne Kyabajo fachée avec son mac, que l’alcool a bouffi. On y reviendra.

Bref, je m’empâte.

Reste la marche, et le yoga. Par aversion envers l’Inde et tout ce qui touche de près ou de loin à ce pays de gens pas propres, drogués, végétariens, adeptes de bains collectifs, de la craie sur la gueule et qui dansent mieux que moi dans les films, j’ai opté pour la marche.

Le fait d’être voisin avec l’illustre roi roux de la moniquarchie d’Ultrakagland (ça sonne mal, va savoir pourquoi…), autre grand marcheur devant l’éternel*, ça aide à partir vers n’importe où pour découvrir n’importe quoi.

*Dans le cas présent, attention, minute Cthulhurelle :

Marduk, appelé aussi Bel-Ami Marduk (il adorait Maupassant)ou Baal-Marduk (à cause d’une sombre histoire de trou et de 14 juillet), est le plus grand dieu mésopotamien, soit environ 1 m 98, ce qui est pas mal pour cette race de nains.

Il siégeait à Babylone, yes, I&I, code postal 22 038, dans son sanctuaire l’Esagil « le temple aux pines à clef surélevées », également centre d’entrainement pour la NERV, auquel était adjoint la ziggourat Etorki, passée à la postérité comme la Tour de Babibel. [...] Il acquiert toute son importance sous le règne de Nabuchodonosor Ier, souverain de Babylone de 1125 environ à 1104 av. J.-C., mais c’est un peu un détail. Finalement, il se lancera dans le black métal suédois, sortant entre autres le désormais célèbre et politiquement potache «Panzer Division Marduk» en 1999.

Source : Wikipouilleux : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mardouk

Akage, c’est un peu la 7e compagnie au clair de lune tout seul, vu qu’il explore presque chaque recoin de terrain pour en sortir une tirade qui finit par «…dans sa grosse vulve !» ou une chanson du même acabit (48), mais c’est un joyeux compagnon de route et un bon camarade. On s’aime, et les gens pensent que je porte déjà son enfant, c’est dire.

Histoire de faire dans le joyeux et le décomplexé, j’ai donc choisi comme destination le gros cimetière de Midorigaoka-reien, qui avait l’air bien chouette sur gougoule map.

C’est 1,5km pour y aller. C’est marrant comme dans ma tête, ce n’est rien*, 1,5km. Sans doute à cause des randonnées de 15km avec Bernard étant gosse. Ou le fait de se taper 2,9km tous les soirs pour rentrer du village, où le minibus scolaire de Martine s’arrêtait.

Évidemment, une fois sur place, tu rajoutes un bon kilomètre, et vu que tu sors par le sud, tu te tapes plus de 2 kilomètres pour rentrer, mais au final, ça fait moins de 10, ce qui est en gros ce que n’importe quel coureur à la noix fait en 1h10 de jogging.

*le temps pâââsse, tu le sais, ce n’est rien.

Et c’est là que tu remarques que tu es devenu un peu mou. Et que pour une Japonaise, ça fait une belle trotte. Surtout après un ramen (Oniuma, près de la route 246, pas mal) et des gyozas par dessus. Bref, on admire les fleurs et y va doucement.

Sur le chemin pour y aller, tu as toutes les fleurs possibles et imaginables dans les jardins de poches qui débordent sur la voie publique, et c’est la saison bénite, alors c’est un festival de couleurs et d’odeurs. Vous avez vu comment je suis trop lyrique sa mère, quand je veux ? Attendez, dans 6 mois, je vous sors un livre de poèmes et de photos sur MON JAPON, ça va être trop original. Ouais gros !

Bon;

Autant je trouve absolument ridicule le statut donné aux animaux de compagnie, autant j’admire le soin avec lequel les Japonais entretiennent (ou font entretenir) leurs jardins, quel qu’il soit.

Le cimetière n’est pas très fleuri en soi, mais il est IMMENSE, et à nos yeux de bougnoules blancs, il reste toujours quelque chose de très exotique à voir l’agencement des morts des autres cultures.

Ça ne doit pas être exactement donné non plus, vu que le temple est refait à neuf et sent bon le cèdre frais. La surface incroyable de terrain non bâti que ça représente laisse penser qu’il faut qu’autre chose compense la pression immobilière. Remarque, vu que le Japon est à la limite de la décroissance, c’est peut-être un bon investissement que d’acheter du cimetière.

C’est paisible, bien situé, tellement qu’on se verrait bien y faire un pique-nique. Akage objecte que ça ne se fait pas, mais les Japonais lui slappent sa bouche de cul béni brailleur de hardcore chrétien sous la douche en venant ostensiblement passer l’aspirateur et laver leur bagnole à l’eau gratuite du cimetière.

On photographie encore quelques insectes et on se casse dans le bois avoisinant, le Higashi-Takane-Shinrin-koen, composé d’un très joli, parcours de passerelles, escaliers et plateformes en bois, surplombants de mares, des plantations, des canaux plein d’écrevisses devant lesquelles je bave en pensant aux farfalles et à la crème au cognac GUY PINARD que j’y ajouterais, tandis que les gamins jouent avec la bouffe comme d’habitude, attrapant les crustacés pour leur faire faire des combats dans la grande tradition et des gosses et de la connerie nationale.

(voir aussi : version coco+japon, pour les fans)

Recommencer à bloguer après des mois n’est pas évident, puisqu’on traîne inévitablement des tonnes de sujets plus ou moins passés d’actualité, intéressant pour soi-seul (c’est pas français, mais t’as compris, t’as vu ?! A quoi bon enseigner correctement, hein?), voire juste des photos dont on a oublié la finalité.

En même temps…

Soyons humains et remettons tout ça au lendemain. Là, j’ai le ventre bien plein, après avoir déjeuné chez Cuisine[s] Michel Troisgros. Je me doute que vous vous foutez assez particulièrement, mais je suis content de mes photos de bouffe (comme tout le monde) prises avec l’iPhone (comme tout le monde), avec cette appli qui donne les même rendus vintage que tout le monde.

Re-bienvenue à moi-même dans le monde de la blogosphère japonaise/japophile, où tout le monde fait la même chose avec la même complaisance, au point que tout le monde perd la motivation après quelques mois, voire années pour les plus coriaces. Moi le premier.

Désagréable 1er (un ami bien pénible qui se reconnaîtra) supposait que l’incroyable vacuité des productions amateurs (il faut avoir des couilles de tanuki ou être complètement con pour reprocher aux blogs d’être amateurs, faites votre choix) tient au fait que personne n’approfondit rien, ne se documente sur rien ou ne se pose des questions sur le pourquoi du comment (ce qui se comprendrait vaguement, puisque nous savons déjà que la réponse est 42).

Vous vous poserez vous-même la question et répondrez en argumentant et fournissant 2 exemples détaillés, aucun document n’est autorisé, vous avez jusqu’à 16:04.

Moi, je m’en fiche un peu : personne ne vous a obligé à lire des âneries depuis la 5e (Mme Roussel, je conteste encore dans mon cœur la légitimité de ces 2 heures de colle, que je reçus après vous avoir fait remarquer que le livre sur 2 jeunes se droguant et faisant rien qu’être malheureux et chômeurs au lieu de distribuer des tracts pour l’UMP était de la merde en barre).

Vous trouverez bien plus intéressant et instructif à lire en librairie. Pourquoi ne pas acheter un Arto Paasilinna ? L’humour du finlandais décape, soigne la déprime et guérit les écrouelles. Ça vaut le coup d’essayer. Ou autre chose.

On pourrait aussi penser que le blogueur nippo-résident peut bien écrire ce qu’il veut sans analyser quoi que ce soit, c’est sa vie, et si sa vie se résume à un reportage TF1 sur l’insignifiance quotidienne des djeunes partis tenter l’aventure d’une vie au bout du monde irradié, au pays des suicides collectifs pour retards de jeux vidéos et autres légendes urbaines, c’est leur choix ? On est tous passé par une phase d’enfonçage de portes ouvertes sur le sujet Japon, je pense.

Alors, je revendique mon droit à écrire n’importe quoi et publier des photos qui n’interessent personne.
Parce que c’est MON plaisir.
Parce que j’estime ne pas le faire trop mal.
Parce que j’estime que ça mérite d’être amélioré.
Parce qu’au moins, je fais quelque chose dont j’ai besoin : écrire pour le plaisir.
Parce que grâce à ce blog, j’ai rencontré des gens très bien, devenus des amis pour certains.
Parce que grâce à cette écriture et ces amis, j’ai trouvé du travail qu’il est encore plus mieux qu’avant.
Parce que j’ai encore mangé dans ce restaurant, et que c’est un plaisir.

Merci à tous, amis, lecteurs passifs, détracteurs hargneux, merdichons insignifiants.
Ce blog redémarre aujourd’hui.

Parfois tu ne sais pas quoi écrire, et parfois ça te tape dans la gueule comme une biffle de Rocco Siffredi.

En 2010, je passais la licence de FLE.

 Je me suis senti mieux dans mon boulot depuis : passer ce diplôme, c’était autant obtenir un bout de papier légitimant mon travail qu’un travail sur soi. Obtenir un background théorique, de nouvelles idées, une connaissance globale de l’histoire de l’enseignement, c’était bien. Comprendre comment se préparaient (ou non) les enseignants de FLE par rapport à ce que je me contentais de ressentir, c’était bien aussi.

Je n’ai pas enchaîné avec la maîtrise, c’était trop lourd d’attaquer tout de suite. Outre les soucis persos qui ne me permettaient pas une concentration suffisante, je trouvais ça trop tôt ; j’aime mettre en pratique ce que j’apprends : la seule théorie n’a souvent que peu de sens de prime abord, mais quand on y réfléchit en situation, on trouve, la plupart du temps.

Mais commencer à réfléchir, c’est aussi remettre en question. Et à l’examen, on remarque souvent que les profs ayant une licence FLE ne sont pas meilleurs que d’autres, voire pire dans bien des situations. C’est l’absence de réflexion face à leur statut, face à leur langue et surtout face aux besoins de l’élève qui plombe. Et dans la situation, je m’inclus hélas.

Se remettre en cause, c’est un peu l’activité qui ne finit jamais, mais que tu fais à contrecoeur par excellence (ne dis pas le contraire, c’est aussi ridicule qu’un mec qui prétend ne jamais s’être branlé). Pourtant, tu y es bien obligé, sinon la vie te latte dans les couilles jusqu’à ce que tu le fasses ou crève d’un cancer. Tu peux résister longtemps, mais à un moment faut regarder les choses en face : tu enseignes comme une merde, parce que tu ne te poses pas les bonnes questions, ou surtout parce que tu ne veux pas t’en poser. Suivre une méthode est plus confortable, et puis ça ne touche pas à ta vie privée.

Or justement : j’ai le tempérament religieux.

Le rapport ? Pendant toute l’adolescence, je me suis cherché des méthodes, des guides, des carcans moraux, des idéologies, des systèmes d’existence, des écoles de pensée, des combats politiques. Avantage : une culture au dessus de la moyenne générationnelle dans le domaine, et 18 en philo au bac (ma moyenne de l’année).

Quand t’as 16 ans et que tu as déjà lu Épicure, Kierkegaard, Krishnamurti, Guy Debord, Saint-Simon, Karl Marx, Rudolph Steiner, L’Ancien Testament et La conjuration des Imbéciles, tu es au dessus de la moyenne qui roule en 103 SPX (+autocollant BONZAÏ records), désolé. Après, j’ai pas dit que ça m’avait rendu heureux, hein ?

Alors finalement, la vie te prend et te retourne (comme Alban Ceray), toi et tes idéologies, comme un sac de patates vidé à flanc de colline, que roulant tu dévales en essayant de rattraper quelques tubercules en passant, tubercules qui s’échappent de plus belle parce qu’ils ne roulent pas dans le même sens que toi. Ta vie est foutue, t’es mal, ton système de valeur s’est effondré, c’est comme une panne sexuelle permanente.

Et en bas de la colline, tu cherches, moitié désabusé, moitié avide d’espoir, voire si des fois il n’y aurait pas des noisettes, des chayottes, des rutabagas ou n’importe quoi dont tu pourrais remplir à nouveau le sac qui va de ta tête à ton cœur, parce que ce n’est que quand il est plein que tu te sens en sécurité, tu en es sûr.

Samuel avait dit que plus tu es sûr de quelque chose, plus tu as de chance de te tromper. Et au final, j’ai du mal à croire que ce soit faux : Sois assuré que la vie (ou dieu, ou Madoff, ou un polype, ou Vishnou, ou les frères Borganov) va faire surgir un truc de nulle part, un truc tordu comme une exception à la règle dans notre chère langue, tordu-dur comme Christopher Clark ou tordu-génial comme dans Dragon Ball, bref, un truc qui te secouera du haut de la colline.

Il en va de même de l’enseignement.

You do one little job, you build a widget in Saskatoon, and the next thing you know, it’s two miles under the desert, the essential component of a death machine. 

Au début, tu te dis que t’as tout compris et que les autres sont des quiches, y’a qu’a voir, tu parles tellement bien aux élèves. Puis tu remarques que les élèves ne sont pas là pour t’écouter et que t’as bien de la chance d’être au Japon où les gens sont polis, au moins en surface. Tu essayes de t’améliorer, passe le diplôme, essaye de produire du contenu avec un succès variable, te farcis les journées pédagogiques de Dokkyo, à perpette au nord de Tokyo, où des intervenants se pignolent avec plus ou moins de force sur leur statut de FLEuteux professionnel et méprisent ta face de merdaillon travaillant dans de petites boîtes privées qui font inévitablement de la merde, c’est évident.

Et puis tu tombes sur les manuels qu’ils ont écrits, et tu as envie de gerber* tellement, c’est mauvais.

*c’est une image. En vrai, seuls les huîtres, le poulpe cru et la scatophile dysentrique à l’entonnoir me donnent envie de vomir.

Puis tu te demandes : ce que je fais est peut-être aussi mauvais que les autres ? Mais pour le remettre en cause, il faudrait abandonner son précieux, précieux système, et le pantoufleur sécuritaire en moi crie NON ! , je ne veux pas encore dévaler la colline et devoir chercher un nouveau sens à tout. Mais finalement, tout crie dans ce sens : le travail qui manque, l’opportunité d’en trouver, les pistes qui mènent vers la même chose, l’ambiance…l’adversité de ceux qui n’adhèrent pas, ou ne comprennent pas.

Je commence à travailler avec l’approche Gattegno. Je n’y comprends presque rien, la partie émerge de l’iceberg, mais j’aime ce que je vois. Le langage parle à ma vieille soif de mystique camouflée, comme de vagues résonances d’école de pensée dans ma boîte crânienne. Je me retrouve comme un enfant devant, mais un enfant adulte : perdu, mais content de l’être, comme un terrain d’expérience infini. Un adulte cependant, parce que l’œil porté sur ce qu’on fait et qu’on voit doit être celui-là.

Le fait de devoir porter un regard nouveau sur ses propres systèmes passés est un sacré coup dans le sac de patates, mais cette fois je refuse de dévaler la colline. J’ai envie de voir comment les patates sont empilées et voir comment ça se réorganise, trie, arrange, complète.

Et bizarrement, ça génère autant de gêne que de plaisir.

Le plaisir est évident, il est le même que le Légo : la première fois tu fais ce qui est sur la boîte, puis tu réinventes à l’infini tout en remarquant que tu reviens sur certains trucs. Tu fais avec ce que tu as, puis tu complètes. Happiness is a plastic brick.

La gêne, c’est plus subtil ; autant j’apprécie d’avoir à me remettre en question et essaye d’en être autant l’observateur intérieur qu’extérieur, autant ça me dérange de ne pas être seul dans ce processus.

C’est paradoxal : le monde extérieur est un gigantesque terrain d’expérimentation, et il faut l’utiliser sans quoi la transformation n’a pas lieu, mais en même temps, mon orgueil prend cher, j’ai peur du regard des élèves comme de celui de mes pairs, je suis nu, dénudé volontaire, exhibitionniste à petite bite…une chose que tu n’as pas forcement envie d’être, en gros.

D’autant plus que les élèves ne sont pas juste des élèves, ce sont aussi des clients, qui payent. Qui plus est, j’essaye d’utiliser l’approche (pas la méthode ou le matériel, notez la nuance) un peu partout, cours ou pas, mais ça me pose un problème moral par rapport à l’école qui m’y forme. Quelque chose dans ma morale interne désapprouve, sans que je ne sache pas identifier exactement quoi. Je n’ai pourtant pas l’intention de me barrer au plus vite et j’estime que toute l’expérience que je pourrai me faire sera bonne, ou qu’elle soit, mais bon…

Toujours est-il que j’ai reçu aujourd’hui les 12 cours de maîtrise, que je vais me taper un an de plus dans les bouquins et qu’en plus, j’ai d’emblée un apriori négatif sur ce que je vais étudier.

Et une bonne excuse pour bloguer encore moins.

 Toi, t’es un vrai pôto, tu sais !?

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