Un peu comme la jolie nunuche dans « Mamma Mia! », j’aurais eu 3 pères; l’un me donnait la vie, l’autre me donnait un nom et le dernier, une présence, et bien plus encore de ce fait.
Aujourd’hui, ils ne sont plus que deux. Samuel Lehmann est parti, laissant mes frères et sœurs non-biologiques bien plus orphelins de père que je ne le suis, et pourtant…
je pleure l’homme qui ne m’avait fait que bien peu pleurer (les autres, c’est une autre histoire). Je ne pleure pas sa mort paisible en tant que telle, je pleure pour la perte personnelle et égoïste d’un homme que j’estimais et appréciais, et que je ne reverrais donc plus.
Je pleure en pensant à cette vie incroyable, ce caractère qui fit sa force, l’admiration des autres et parfois le cauchemar des proches.
Je pleure l’homme qui m’a appris à garder les brebis, qui m’a appris à jouer en jetant 2 pauvres bâtons de bois à des jeux stratégiques compliqués alors que je vivais dans le confort industriel relatif des livres et des legos.
Je pleure l’homme qui, quoiqu’ayant banni ma mère pour avoir osé prendre la même liberté que lui et faire un enfant à un autre, m’a accueillit et écouté alors que j’avais la morve au nez et ne disait sans doute pas que des choses intelligentes.
Merci Sam, ça aura été un plaisir immense de te rencontrer.
Je souhaite le courage qu’il faudra à Ruth, à mes frères et sœurs, autant demi fussent-ils, me le rappelant parfois dans la colère, face à celui qui n’avait pas connu la même éducation à la dure de ce même père, Damaris, Asnath, Berenice, Sadrach et Tseruja. Ainsi qu’à ma mère, dont il fut le seul mari et le premier barbu, pour qui le choc doit être dur. Samuel n’était un naze pour personne. Qu’on l’admira ou le détesta, il ne fut pas de ceux qu’on oublie.
Lors de leur première rencontre, ma grand-mère avait elle-aussi été impressionnée par ce jeune homme, quoique je ne sais pas si ce fut avant ou après l’apparition de cette grande barbe blanche et de cette natte pendante longue sur le dos noueux, sans doute un souvenir de son séjour chez les Amiches.
Toujours-est il que le respect du aux ainées se contournant parfois poliment, le caractère du futur mari avait laissée une impression mitigée sur la traditionnelle mamie, qui fit de son mieux pour lui adresser un froid « adieu » (en suisse-allemand) au départ, au lieu du traditionnel « auf vederluege » (« au revoir ») qui aurait impliqué un plaisir dans le fait de se revoir.
Le sort voulu que Sam revint peu après chercher un objet oublié, et dans la précipitation, ma grand-mère lui envoya alors un grand « au revoir » depuis l’allée du jardin et enrageât de sa bêtise juste après, pour longtemps.
J’aimerai lui dire la même chose. Adieu et au revoir, Samuel.


well.. ce serait trop facile de ne pas laisser de commentaire…
Vu ce que tu dis de son sale caractère, peut-être que Samuel, même si tu ne lui as pas dit adieu la dernière fois que tu l’as vu, ne reviendra pas te dire si oui ou non, “Dieu c’est de la mayonnaise”… Dommage…
Ah, je sais pas si on peut vraiment appeller ca du “sale caractere” : plutot un caractere tellement fort que c’est difficile de s’y opposer. Pour ma part, semi-exterieur a sa vie, ca n’a jamais ete un probleme, et ce ce qu’il appreciait (d’apres ses mots, je le dirais pas moi-meme).
Monsieur etait un “sans concessions”, quoique la vie l’ai fait bien plier, tel cette scene de “La Classe Americaine” : a force de ne pas faire de concessions, il s’est retrouve a en faire de plus grandes que prevue.
Il aura ete un sculpteur de talent, tailleur de pierre et charpentier autodidacte, remontant a 60 ans, sans eau courante ni electricite, le chateau dans les hauteurs de Valence ou il vivra jusqu’a la fin dans ces memes condtions (par choix, hein ? C’te tete de mule…).
On peut pas toujours tout avoir non plus. Et Dieu, je le mange en sandwitch.
A propos, il avait bon caractere, Sartre ?
Mes condoléances Monsieur Lehmann.
Armand
PS: Jeudi, on t’achète ton PC, envois nous un mail pour nous dire le model.
Désolé pour toi Ismael.
Très bel hommage en tous cas.
Oui, c’est vraiment un très bel hommage. J’arrête ici ma prose dans cet espace, qui ne saurait égaler la tienne.
Sincèrement,
Robin.
[...] Samuel avait dit que plus tu es sûr de quelque chose, plus tu as de chance de te tromper. Et au final, j’ai du mal à croire que ce soit faux : Sois assuré que la vie (ou dieu, ou Madoff, ou un polype, ou Vishnou, ou les frères Borganov) va faire surgir un truc de nulle part, un truc tordu comme une exception à la règle dans notre chère langue, tordu-dur comme Christopher Clark ou tordu-génial comme dans Dragon Ball, bref, un truc qui te secouera du haut de la colline. [...]