Le jeu de l’amour et des levures, 2.

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Bois sans soif

Va falloir passer le cap, souillon, et publier cet article.

(Ce post ravira les buveurs d’étiquettes en tous genres, les envieux, les intégristes, les vieux-cons-férus-de-leur-propre-bon-sens, les peignes-culs et les autres. Les bouteilles ici photographiées ont été bues ces 2 dernières années, parmi vaguement 300 autres, et constituent mon alcoolisme ordinaire. Ce sont juste des quilles enquillées avec plaisir, mais il y en a eu d’autres, et c’est pas près de s’arrêter).

Faudra pas mal le vivre si c’est votre métier, mais je vais parler un peu de vin.

Oui, je n’y connais rien ou presque.

Non, je n’ai aucune légitimité à le faire sérieusement.

Non, je n’ai ni formation d’œnologue (et arrêtez de prononcer ce mot comme des spécialistes de l’omelette, ça n’a aucun sens), ni famille dans la vigne depuis 3 générations, ni même une.

Franquette

Comme tout repas au Charmes-Chambertin au Japon, mon histoire de vin commence par une bière.

Le beau-père est belge, et les cadeaux de la famille de passage aidant, je me suis jadis mieux débrouillé en blind test avec une Maredsous et une Chouffe qu’avec les Minervois et les Cahors qui traînaient. D’ailleurs, quand tu es ado, c’est pas bon, le vin rouge.

LuytPipenoAmigneAlsace

La bière non plus, d’accord, mais ça fait viril, alors tu fais un effort. Qui plus est, les bières dont je parle, c’était rare, ça sentait la fumée, le sucré candi, la couleur rayonnait sous la mousse blanche. Et puis les noms laissaient jouer l’imagination : entre deux pages d’un livre dont vous êtes le héros, imaginer les moines de l’Abbaye de Rochefort tournant leur triple au bâton magique, là, c’est raccord de la mort.

Sans surprise, je ne pouvais pas descendre une Orval, si blonde, si sèche et amère, sa bouteille aux formes glissantes alors que le jus se refusait à le faire.

MuréGentilSimonis

Pour les vins, ça a commencé pareil : ce qui traîne, que tu n’aimes pas, que tu fais semblant d’aimer… ces vins que tu aimes vraiment, qui n’en sont pas (vins de noix, etc.). Puis, une lente éducation du palais, sans le vouloir vraiment.

Par gourmandise, en goûtant tous les raisins possibles, même les pires verjus picorés jusqu’à la chiasse sur les 3 kilomètres de chemin pour rentrer de l’école (oui, tu apprends vite à ne pas oublier tes kleenex, puis à sélectionner le raisin à vue). Et pas seulement le raisin : les prunes sauvages, les prunelles (épinettes) si âpres, les cynorhodons et leurs demi-gramme de chair si fondante, les aphyllantes de Montpellier au suc généreux, les fruits du cormier, blets, repérés au feuillage et mangés avant que le sanglier ne les dévore… le buis* mâché vaguement, son amertume démentielle coupant la soif…tous ces goûts.

Hodler

*des histoires de vieux du village qui racontaient que ça rendit jadis fou le curé de je ne sais quel bled)

MousseuxAlpes

Saitn AubinSaint Peray

Je suis né dans le Gard, dans un village qui avait la réputation de faire de la piquette. Bien sûr, on sait qu’avant, dans les années 60, il y avait un bon gérant de cave coopérative, et qu’après les vendanges, un matin, tôt, très tôt, c’était soudain le ballet des camions-citernes qui commençait, prenant le moût et l’emportant vers Gigondas, où il deviendrait autre chose. L’époque était moins stricte sur les appellations, peut-être.

Hélas, quand je suis né, le rouge du village faisait surtout la joie du vinaigrier. Je n’ai jamais eu envie de participer à cette économie à la fierté contrariée par la qualité du produit fini. Mon premier souvenir de vendange, c’est suivre ma mère qui donnait un coup de main aux voisins, et le verre duralex rempli de sirop (une infamie pour moi, à l’époque), la main collante qui le tendait, l’odeur de sucre, de fer, de terre, de seau en plastique. Aucune envie de m’y mettre. Normal : j’avais 4 ans, je pense.

C'est magnifique

Plus tard, à Avignon, je suis étudiant, et j’ai besoin d’argent. Par relations, on me propose de faire les vendanges. Je ne bois pas, à cette époque ; depuis la terminale, je ne touche plus une goutte d’alcool, ni une clope, ni un joint. Ça durera encore quelques années, par la suite. Je ne sais donc toujours pas ce qu’est le vin, en somme.

Tout ce que je fais, c’est cueillir (ou ramasser, pour ces foutus Alphonse Lavalée qui traînent au sol) le raisin, en en mangeant un maximum, et en évitant le chien qui court vers toi après s’être roulé dans la merde (un bâtard n’avait jamais mieux porté son nom). Je recevrai un bon pour une vingtaine de bouteilles, que je ne récupérerai jamais, trop occupé ailleurs. Dommage… existent-elles encore ?

Falfas

Meslan blancheChablis main

CorbeauxPanier

Après quelques autres années d’ascète, je m’initie aux Bordeaux, aux Côtes du Rhône, doucement, au pif. Je passe mes premières bouteilles à l’évier, en découvre d’autres que j’aime, surtout grâce aux amis et aux concours de circonstances.

Le vieux mais truculent monsieur Bruguier offre sa production à mon père, en 2003 (?). Il ne boit plus, mais par tradition, fait son vin. « Quand on a une vigne et qu’elle produit, il faut le faire, au moins par respect pour elle », dixit. Le paternel est, à cette époque, dans une phase avancée de « me cassez pas les fesses avec vos âneries », et il le coupe donc allègrement à la crème de cassis, voire à la gentiane. À la Romaine, disons, pour faire vaguement honorable. Tu me diras, ça aurait pu être du coca, de l’eau gazeuse, du pamplemousse… on est toujours l’Autrichien de quelqu’un, hein.

SuissesEscausses

OokaMahonney

Moi, juste avant le règne de Sarko 1er « l’abstème », je m’exile au Japon, et j’y découvre que le vin est un produit précieux, et que se faire une éducation dans le domaine coûte cher. Bien sûr, les 5 premières années, j’étais trop fauché pour m’offrir des bouteilles régulières, raisonnables : j’ai donc appris à boire la pire merde disponible, puis à éviter 90 % des bouteilles en vente dans la grande distribution, pour cause de ventre en vrac, cerveau déshydraté et teint verdâtre.

J’ai aussi appris à mépriser ouvertement une majorité d’autochtones, le clan de ceux qui ouvrent un Puligny-Montrachet rouge 2008 (soit vieux de 2 ans) avec une paëlla aux fruits de mer, s’ouvrant une bière d’abord (« Le kanpaï, c’est à la bière, point »), voire une mousse de synthèse (cocktail au houblon, au cassis, aux agrumes, tout et n’importe quoi de sucré, du moment que ça te pourrit les papilles pour une bonne demi-heure), sans oublier de finir vite fait le Château Rondailh (je n’invente rien) glacé du frigo, parce qu’il faut le finir (une couche de tanins âpres sur le sucre du Shochu au yuzu, rien de mieux).

Saint Veran

PLOP ! Le bouchon du Leroy saute. Direct dans le verre, température « à-côté-du-kotatsu », pas de carafe, jamais.

« Ah ben dis donc, c’est pas terrible pour un vin aussi cher. Il a mal voyagé ? Ou c’est d’un vigneron qui ne fait pas du boulot à la hauteur de sa réputation ? »

Ha.

Et pourtant, si des Japonais dont je tairai les noms sont d’une fatuité sans objet pour les rapports au pinard, le pays compte également parmi les passionnés des plus pointus. C’est un élève, M.Inoue, charmant archéologue-guitariste, qui va m’en parler sans doute le premier, en 2010 : du vin sans souffre, des gens qui utilisent des capsules couronnes (comme de la bière), des cuvées confidentielles, des noms inconnus.

Vin non filtré. Non, vraiment ?

Vin non filtré. Non, vraiment ?

GâterieSansonnière ZéligeLunotte

Depuis, des autochtones ayant une connaissance poussée des pinards les plus obscurs, j’en ai rencontré un paquet. La force économique du pays fait que les amateurs n’ont souvent pas trop peur de dépenser une certaine somme pour des bouteilles d’exception, quelque soit le domaine (grands bourgognes, vins-natures de gamay d’Auvergne foulés au pied par les vierges de Glaine-Montaigut, etc.). Si la connaissance empirique et la passion des références est une obsession nationale parfois désagréable (être sommelier = savoir réciter les crus du Bordelais dans l’ordre et connaître par cœur les millésimes du Bourguignon, par clos et par négociants), il reste que cette exigence rend accessibles des vins assez improbables  dans le pays, aussi lointain soit-il des zones de production.

Burps

Qui dit boutanches dit aussi camarades de picole. Comme pour les outres à désaltérer les chattes, j’ai la chance d’en avoir une paire, et cette émulation stimule bien sûr la soif de connaissances. Reste le budget, puisque boire vide bien aussi les bourses : enfin nanti d’un salaire convenable ou disons suffisant, je peux enfin me permettre de dépasser les 2500yens fatidiques. Je n’arrive pas à passer à plus de 6000yens, c’est un blocage psychologique de pauvreté mentale résiduelle, mais ça pourrait changer.

Maintenant que j’ai exposé ma situation d’alcoolique relativement anonyme, voyons en quoi ça concerne la suite des événements…

Jadis, donc, mon village gardois faisait du picrate. Les années 80 ont vu les vieux délaisser la vigne, et celles de mon hameau furent arrachées vers 1990. Une majorité de ceux qui continuent le font dans une tradition productiviste bien détestable : engrais, pesticides, fongicides, terre à nu. 

Simone

Attention, contre toute attente, je ne suis un ayatollah de rien : mieux vaut traiter un coup que de perdre sa vigne, à mon avis. Un médicament est un curatif, et il se doit d’être adapté. Tu mets un cataplasme au chou sur une jambe cassée, toi ? Non. Par inversion, disons que mettre un plâtre à quelqu’un qui s’est cogné le genou à la commode, c’est pas ça non plus. Je suis pour une utilisation avisée des produits. Et si possible, ne pas en arriver à ce que cette utilisation soit nécessaire.

D’un autre côté, ce n’est pas parce qu’on utilise des produits phytosanitaires qu’on fait du pif de merde, hein ? Donc, mon village a continué à produire des vins, disons, buvables selon les canons contemporains. Ce n’est, en revanche pas ce que je veux faire.

MarselanCorse

CairannneTu vin

Car c’est bien vers ça qu’on va, un jour : retourner au village, plus précisément au hameau, et y refaire du vin. Planter. Soigner. Pleurer de ses échecs. Apprendre à éviter les suivants. Regarder des vignes s’épanouissant sur l’argile calcaire, une terre enherbée, des rangs harmonieux.

Je pensais reprendre une des vignes du village : il n’en reste plus. Ou ce qui est cédable semble épuisé par des années de productivisme encouragé par les subventions. Je n’en veux pas. Il faudrait replanter. D’abord, les 6 ares que j’ai.

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Fié grisGardois

ArboisDivem

Ce que je sais est maigre : je voudrais complanter, comme les vignes que je parcourais jadis, panachées de différents cépages. Ça ne facilite pas vraiment la vendange, mais ça me semble logique. Je voudrais faire du vin blanc, surtout, et du rouge, un peu. Le rosé ne m’intéresse pas. Je veux planter de la Négrette : ce cépage de l’AOP Fronton n’entre pas dans les appellations de mon coin… pour lesquelles je n’ai pas grand intérêt de toute façon (Côteaux du Vivarais ? Fais.Moi.Rêver.).

Saladin

RichaudL'écu

FolleGouais

Problème : d’après les renseignements recueillis jusqu’ici, il faudrait d’abord acheter une vigne à arracher pour pouvoir planter sur mon terrain. C’est con, mais ça semble un passage obligatoire. Combien ça va coûter, je ne sais pas. Ça ne m’enchante pas, mais je compte mener le projet à bien. Vos avis compétents sont les bienvenus.

Deaf

Je n’ai plus l’âge de devenir agriculteur avec l’aide de l’État. Je ne vois pas comment les banques me prêteraient quoi que ce soit, vu qu’il ne s’agit pas d’en faire mon activité économique principale. Il est clair que je vais perdre systématiquement de l’argent pendant quelques années, alors j’entends bien : il faudra minimiser les investissements autant que possible. C’est une aventure risquée, mais j’ai encore un peu de temps pour m’y atteler.

Ce que je retiens surtout, pour le moment, où le projet ne s’amorce que dans ma tête, dans les connexions qui se font, dans les rencontres, dans les discussions, c’est — plus que les milliards de causes d’échec possible — l’excitation de ce qui va se passer : je vais apprendre quelque chose de nouveau.

Et ça, c’est mon plus grand plaisir.

Seau

(Cet article devrait vous pousser à devenir témoins de Jéhovah, tellement il est mielleux et mal renseigné).

Phrase de vieux culs n°218 : « Tu ferais mieux de faire des gosses au lieu de sortir tout le temps ».

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Toi, j'te baise !

La pondeuse en chef.

Takashi, je ne sais pas trop comment il est arrivé dans ma vie shizuokate, mais ça devait être quand je vidais la grange avec ma compagne à défaut de vider autre chose (le froid, etc.). Il voulait récupérer de vieux trucs pour s’aménager le rez-de-chaussé de chez mémé… j’y croyais vaguement, mais il a le fric et la volonté, ça suffit.

Résultat : superbe pendaison de crémaillère le 31, et dernière crise de jalousie de l’année, parce qu’une meuf ne me lâchait pas, et que je suis trop con pour ne pas en être flatté. Les gens étaient sympas, ça faisait plaisir. Tous semblaient pourtant partagés entre « T’as vu, on sait s’amuser à Shizuoka, tu devrais venir t’installer ici » et « C’est la mort tellement c’est conservateur, champ-de-thé-land ». Ne l’ayant pas entendu qu’une fois, j’en déduis que c’est vrai : « Shizuoka est une région très TRÈS traditionaliste ».

Branches

Branches traditionalistes (vont vers la droite).

Socialement, c’est sûr : on a encore eu droit au couplet sur « pondez-nous donc des gosses ». J’utilise le verbe pondre puisque c’est celui qui est utilisé en japonais. Ça rend bien l’idée. Les sœurs de ma compagne, présentes et célibataires, en ont mangé plein la gueule, bien sûr. Et va te marier vite fait, et pi je vais t’arranger un truc avec le voisin riche, et puis faites-nous des portées de Japinois vigoureux, etc. K, la petite sœur, a claqué la porte du repas familial, est rentrée en train après 25 minutes.

This

Colines qui votent à droite.

Moi, je suis plus vieux : avec l’oncle-qui-vote-FN-version-locale, j’ai trinqué au Bordeaux tannique de 2011, accord parfait avec les sashimis, et j’ai écouté ce qu’il avait à me dire sur l’importance des structures sociales et leur préservation, puis, avec le peu de verbe que j’ai mais la logique tannée (par mon élevage sous « paternage jésuite » et ma passion adolescente pour la philosophie grecque) qui suit, je lui ai peu subtilement exposé d’autres schémas de pensé, sûrement tous oubliés par la suite, mais la joie de la discussion, visible sur son visage et exprimée par moult poignées de mains moites sentant le poisson, devrait rester. Le cerveau est une machine magnifique, ça valait le coup d’essayer.

That

Vallon symbole du giron de la Nation Japonaise.

En même temps, moi, on ne me demande pas de pondre avec insistance. Et quand la tata relou me dit pour la cinquième fois qu’elle voudrait des enfants dans la maison, je lui suggère d’adopter un petit Chinois, parce que tant d’enfants sans parents seraient sûrement ravis de son insistance affective. Elle n’a pas eu l’air de trouver ça approprié. Étrange.

Mon rêve

Un toit, un champs, un Empereur !

Donc non : pour aucun des enfants, il n’est question de retourner au bercail se farcir ça. On se contentera de faire cuire les haricots de soja.

Oh, ça ne m’a pas empêché de cuisiner pour eux, hein ? Les parents ne sont pas méchants, au contraire. J’aime beaucoup le père, capable de sortir les plus grosses âneries du monde sans qu’on sache vraiment s’il rigole ou pas. Genre :

« Au fait, vous avez du vinaigre, en France ?»

Ah… mais finalement, entre fausses questions et vraie ingénuité, y’a moyen de communiquer assez efficacement. Il vient chercher les infos qui lui semblent nécessaires. C’est quand la famille se réunit que ça commence à coincer, vu que beau-papa est très influençable. Tata-relou dit un truc, genre « Alors, vous vous marierez à Hawaï, hein ? », et il enchaîne cash, c’est le freestyle complet, et je te passe le mic, et v’la la surenchère, va niquer ta mère, j’assure tarpin, suce un parpaing ! Tous les MC veulent me tester mais je vais les délester de leurs ballots de thé pour les vendre au marché, c’est ballot, yo !

Le facepalmage est de rigueur. Mais ça endurcit la jeunesse, cbm.

Boule

Etoile de la Mort Gay.

Les soirées et l’alcool, en revanche, ramollissent plutôt le cortex. Le consulat de la Confédération Helvétique dont je suis un représentant atypique, et ouais je reprends le mic, et je sème la paniq… AH MAIS CA SUFFIT CES CONNERIES ?!

Donc, je disais : le consulat de Suisse avait annoncé un showcase de Mental Groove, label genevois de bon goût (aussi incroyable que ça puisse paraître) dans un petit rade de Shizuoka-city. Dilemme : le mix commence à 22 h. Ca prend 40 minutes de train de s’y rendre, plus 10 à pieds de la gare. Le dernier train est à 23 h 45. Ça sentait la nuit blanche, et on a été servi.

Le mix était très bien, et les 17 personnes présentes (dont 4 DJ et un barman) ont été ravies. J’avais fourni 1/3 du public moi-même, non pas parce que je suis si gros que je compte pour 4, mais parce que j’avais 3 femmes pour me tenir compagnie, plus un couple d’amis (donc 5 femmes… on est au Japon, on va pas commencer à formaliser avec des bricoles comme la fidélité dans le mariage, ce running gag éculé).

TartifletteFacetteCoussinNon non

Les tweets et notes postés cette nuit me rappellent ce qui s’est passé :

23h09 : « ça mixe gros baille funk et j’ai une tartiflette dans le ventre. »

00h16 : 6e gin tonic.

02h39 : « 5e rhum coke. Je danse avec tout le monde. Je suis Édouard Baer. »

03h25 : « 8e rhum coke dans un bar gangsta hiphop de Shizuoka. Je me déteste. »

04 h 20 : miso ramen debout devant le combini. Chatard combo ultime.

Froid

Le froid durcit les couilles, et améliore la fertilité !

Rentrer par le premier train, se glisser dans la chambre par la porte-fenêtre, jeter au loin les éponges à tabac froid qui m’habillent, remarquer qu’il fait froid dans la chambre, comprendre pourquoi la natalité est si basse.

Ruches

Les rûches ! Voilà un bel exemple pour vous, femmes !

Et finalement, prendre la voiture pour faire un tour. C’est beau, toutes ces collines. Des champs de thés entretenus, d’autres à l’abandon. De paysages balayés par le vent. Des routes désertes. Des recoins qui abritent les restes d’une pluriculture traditionnelle : quelques marronniers, quelques plaqueminiers, des ruches, des bambous… Un furtif décrassage de la tête et du corps.

La tranquillité

Un étroit chemin sinueux et de fiers pieux plantés vers le ciel, comme un gang-bang forestier en puissance.

Phrase de vieux culs n°113 : « Beaux nénés, hin hin ! « 

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Yasahii JikanC’est sans surprise que les fêtes de fin d’année se sont déroulées à la campagne, et vous allez donc en reprendre une louche, avec plus ou moins le même goût que l’année dernière.
Je dis « fêtes de fin d’année » par convenance, mais il s’agit en fait de l’inverse. Le point de vue des Japonais n’est pas exactement le même. On célèbre le début de la nouvelle année plutôt que la fin de l’ancienne. Pure coïncidence ou erreur de calcul, l’anniversaire de l’empereur, jour férié, tombe le 23 décembre, mais sinon, on on travaille jusqu’au 26, en moyenne, voire bien plus… ce n’est pas la Suisse, où les commerces entrent en hibernation du 24 au 02, ou quelque chose comme ça. Ici, c’est vraiment du 1er au 3 que c’est mort.

Je vous épargne les détails sur toute la mythologie de Noël japonaise, j’imagine que si vous avez atterri ici, vous avez aussi lu des blogs de gens qui ont encore la foi dans l’utilité du partage de trivialités du genre.

Oh, le mépris que voilà ! Oui, sachez-le, je suis de mauvaise humeur, comme souvent quand je vous écris. Plus que la foi, c’est le foie qui se meurt chez moi. 10 jours de vacances, c’est autant de crochets sous les côtes. L’alcoolisme japonais est un sport de combat.

Mon cubi

Bref, pour moi, loin de la ville, pas de poulet rôti KFC de Noël, pas de fraisiers à la génoise juste bonne à effacer un tableau noir, pas de repas en tête à tête dans un resto « french » alors que je peux faire la même chose pour un budget 8x moindre, pas de promenade main-dans-la-main avec une gourdasse qui hurle « KIREIIIII » devant chaque tas d’ampoules de couleurs qui scintillent comme des pulsars préférant mourir que de regarder une émission TV avec les Bogdanovs.

Quoique : pour la première fois, cette année, devant la petite gare locale de Rokugo, à Shizuoka, on avait maquillé les arbres décharnés de kilos de guirlandes de couleurs rose, blanche et bleutée, un peu comme Michou, quoi. J’ai dit « KIREIIII ! » avec une voix de conne, et ma compagne m’a sobrement répondu « Ta gueule ! » dans un français irréprochable et de circonstance. J’étais content.

Couper du bois

Pour le reste, c’était comme en France : famille, beuverie, lourdeur. Avec une variation spéciale, locale, immanquable : le triangle des Bermudes cérébral s’appelle Mikan-Kotatsu-Terebi. Manger des mandarines jusqu’à en avoir les pouces jaunes, assis à même le sol, les jambes fondant comme une demi-meule de raclette sous la table chauffante, en regardant la merde, toute la merde, sans exception, qui passe à la télévision.

Le point d’orgue étant bien entendu le Kohaku, concert de fin d’année, 3 h de kitsch (ça vous étonne ?) à faire passer le Patrick Sébastien au Crazy Horse pour une kermesse au couvent franciscain. Entre tradition et saké, puisqu’on va pas rester assis sans boire, hein ?

Tu connais la Lozère ? Ah bravo, tu as googlé et tu veux une médaille ? Parce que les Japonais, ils ont une passion pour la Lozère. La moitié des groupes de putes prépubères s’en réclament, ça fait canaille, racaille, avec un mouton kawaii sous muselière. Tu veux des noms de groupe ? Des plaques minéralogiques, et c’est tout ! SKE, NMB, HKT 48, check la classe sur la 205 blue-jeans. La Lozère ne cesse de représenter. Le 48, ma terre-terre. Ouais gros.

Presque du même acabit, telle la vive qui pique le pied du footballeur sur la plage d’Hébron, on sursautera de remarquer que cette année, nos diasporas-boys préférés EXILE ont reçus un pendant féminin, copies totalement ratées de K-Pop : les E-girls. Welcome to the Hotel Girlyfornia. Mazeltov !

Onna Nakase

Revenons à nos histoires de boisson, histoire de ne pas vomir pour rien.
Le premier soir est passé à la trappe de ma mémoire. Un nabé, avec des tonnes de trucs qui mijotent dedans, dans un ordre improbable, de quoi se faire suicider presque tous les diététiciens occidentaux : travers de porc, champignons, coquilles saint-jacques, limande, boulette de poulet, poireau, chou chinois, lait de soja, piments.

Oui, dans le même pot. J’ai donc bu 1,7 litre de nihonshu, et tout ceci a eu le temps de se dissoudre tranquillement jusqu’au matin, pour ressortir avec l’élégance d’un arroseur de jardin qui aurait des ratés.

Je ne suis pas Bukowski, je ne m’attends pas à vous faire rêver avec mes histoires de vomi, hein ? C’est éducatif. Je le fais pour vous. Vous me remercierez plus tard.

Hipster Shit (with le wifi, ouais gros).

Hipster Shit (with le wifi, ouais gros).

Couper du bois, faire chauffer les bassines, cuire 10 kilos de haricots de soja, faire du miso, une routine, désormais. Une satisfaction, aussi, celle de savoir qu’on va manger du bon miso toute l’année, fait maison.
Des heures tranquilles, à boire le café devant le feu, qu’on alimente doucement. Enfin un peu de temps à ne presque rien foutre.

HautmilieuBas

Pendant ce temps, dedans, on s’active à faire l’Osechi, cette cuisine trop sucrée (parce qu’elle doit garder trois jours à l’air libre ou presque) de Nouvel An, dont de moins en moins de gens ne veulent. Celles qui la font, les femmes qui rament en cuisine pendant de longues heures à faire quelque chose qui coûterait cher à acheter, d’ailleurs. Ceux qui les mangent, qui n’aiment jamais tout, ou refusent par hygiène, parce que c’est sûr que comme nid à bactérie, y’a rarement mieux.

Mais c’est joli, et c’est la tradition, alors le Japonais continue à le faire, jusqu’à ce qu’un accident salvateur mette fin au processus (décès du conjoint ou des vieux, intoxication alimentaire, tremblement de terre, etc. Sans ça, pas de changement).

Poum

Petit déjeuner de bourrin.

Phrase de vieux culs n°111 : « Vas-y chiale, tu pisseras moins. »

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Je suis triste.

Je suis belle mais un peu triste.

Ce billet est long. Très. Trop. Alors si vous ne vous sentez pas de le lire correctement, faites une faveur à tout le monde, votre humble personne en premier : regardez juste les photos, et surtout, ne commentez pas. Ou alors pour troller. Ou corriger mes fautes. 

Quelque chose me dit qu’il va me falloir une plombe pour rédiger ce billet, et que vous allez souffrir à le lire, mais je crois que ça fait aussi un bail qu’il me tourne autour, et que je n’y échapperai pas. L’occasion fait le larron, hélas, douze fois hélas. Il sera sous-documenté comme les autres, pleins d’approximations douteuses et probablement aussi pompeux/prétentieux que le reste.

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Je suis Charlotte (sur Mixi)

Ce qui ne gêne généralement pas les 3 derniers fidèles lecteurs qui visitent ces pages en l’espoir de voir tomber un des deux billets bisannuels, mais… le sujet est un peu plus douloureux et problématique, vu les événements de ce début de mois de janvier 2015.

Pour le contexte, au cas où vous seriez le pire des ermites : les présents à la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo ont été assassinés par 2 imbéciles. Ce sont des a priori des faits. Non, je n’ai pas vu les corps, ne commencez pas, j’ai des choses à dire avant.

On est à chaud, donc je n’ai presque aucun recul sur ce qui se dit, se lit, se voit. Je sais que d’abord, il y a eu le choc, de cette nouvelle absurde. Qui est assez con pour faire ça ? Puis, le chagrin, puisque comme pour une grande majorité de Français de ma génération, de la précédente, de celle qui a suivi, Charlie Hebdo a fait partie de leur adolescence, y compris celle qui s’est prolongée jusqu’à des âges avancés, comme mon père, par exemple. L’irrévérence du journal faisait vibrer cette corde, fût-ce de manière fort inégale.

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Certains, disons beaucoup, auront pleuré le point de non-retour, celui qui fait que leur Charlie (souvent celui de l’ère de Gaulle) ne reviendra jamais, malgré le talent certain de certains et le certain talent de certains autres, c’est certain. Le Charlie d’aujourd’hui n’enthousiasmait que par intermittence, les finances du journal en témoignent. On l’achetait plus occasionnellement que d’habitude, et certaines pages provoquaient plus le sourire gêné que la gaudriole. Pour ma part, j’ai décroché petit à petit, avec ce que je pense être l’emprise apparemment de plus en plus autoritaire de Val (ses éditos m’ont toujours désolé), et l’augmentation d’enquêtes de qualités plus ou moins acceptables. Étant ou ayant été abonné au Monde Diplomatique, au Canard Enchaîné et à Médiapart (et aux 4 saisons du jardinage bio, OK.), j’ai une certaine idée de ce qu’est le journalisme de qualité, et n’apprécie que vaguement les approximations… Je ne suis pas le seul, et si je ne saurais dire vraiment ce qui me déplaisait, d’autres ont des arguments convaincants. Ce ne sont pas les miens, mais vous aurez le loisir de les lire, ne serait-ce que parce que c’est bien écrit.

http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous

ainsi que sa mise au point : http://www.article11.info/?Aux-fossoyeurs-de-tous-bords

Je suis gras bonne

Je suis gras bonne

Oui, pour le journalisme en soi, je préfère lire autre chose. Pour moi, c’est avant tout un rapport au dessin qui en a pris un coup. Je suis vraiment difficile pour le dessin de presse, et les plantutides, pardon, platitudes du Monde me donnent envie de lapider Thomas Vidberg à coup de patates. Je trouve cette soupe tiède autrement plus indigeste que le mauvais goût assumé de Charlie. Luz, Honoré, Cabu sont des gens dont le travail m’a fait rire profondément, souvent. Parfois pas, mais c’est mieux que jamais. Ça valait le coup d’essayer, alors ça valait quelques ratés aussi. 

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Je suis verte, il est stupéfait. Nous sommes Stupéflip.

Luz n’est pas du convoi funèbre. J’ai poussé un ouf de soulagement, honnête. Ni Vuillemin, ni Tardi, ni Pétillon : le paysage national des dessinateurs de presse n’est pas décimé non plus. C’est égoïste, comme point de vue, mais c’est ce qui explique la douleur de la nouvelle, en premier lieu : ces gens qui t’on fait rire régulièrement depuis si longtemps, on les a tués. Ils ne te feront plus rire. Cette complicité du rire de presse, ce rire qui dédramatise les horreurs, les rend supportables sans qu’elles en soient acceptables, il fait partie de mon histoire affective personnelle, et sans doute de la vôtre aussi, pour certains. Pour d’autres, Cabu dessinant (des trucs assez consensuels) dans le Club Dorothée, ça suffira comme souvenir. Mais pourquoi pas ? C’est autant la perte du talent, que du meurtre de notre histoire de rires en commun, que la mayonnaise des réactions émotionnelles collectives qui fait naître ne nous cette tristesse. Il n’y pas forcément besoin de causes uniques, voire de causes justes, pour être attristé. L’empathie est une réaction légitime. Vous traiterez les gens de faux-culs autant que vous voulez, ils n’y gagneront que de la colère contre votre déni de leur souffrance, fût-elle éphémère.

Tiens, lisez ça, en passant : http://unodieuxconnard.com/2015/01/13/before-it-was-cool/

Je suis Lionel Dersot.

Je suis Lionel Dersot.

C’est là que je voulais en venir : les réactions. Vos réactions, ou plutôt celle des gens que j’observe, que je côtoie, avec lesquels j’entretiens un rapport, et les autres, dont la parole est relayée par le truchement des internets. La bruyante opinion de tous, inévitable, omniprésente, qui aurait pu être personnelle, mais à qui les connexions ont offert un public parfois superflu, souvent superflu. Comme ce billet de blog, qui devient à son tour un paquet de tracts mentaux balancé dans un réseau qui en est saturé. Un billet dispensable comme vos statuts Facebook, vos tweets et retweets, vos updates de blogs dans l’urgence…

Allez, pause lecture : http://www.streetpress.com/sujet/1420713927-attentat-charlie-hebdo-edito

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Je suis un pain de sucre

J’en suis là aussi, parce que moi aussi, je suis égoïste et narcissique, que j’ai juste envie de dire ce que je pense, de traduire ce que je sens, si possible un peu aux dépens des autres qui le font moins bien, qui sont contre, qui sont des suiveurs, des hypocrites, des tièdes, des moisis, des arrivistes, et avec un vague espoir inavoué que ma souffrance si brillamment exposée, par la force de ma plume si agile, me fasse briller au-delà de ma pauvre zone de diffusion habituelle. En gros, je suis français. 

Et de gauche. 

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Je suis de gauche moi aussi, mais je m’aliène au service du patronariat pour mieux le noyauter et préparer le matin du grand soir.

Comment ça, on s’en fout ? Nous sommes le 13 janvier : le grand rassemblement, l’union républicaine, la France indivisible réaffirmée, c’était avant-hier. La France (oui, disons que 4 millions de personnes dans les rues, ça me semble pas mal. Comme conclusion, c’est toujours moins hâtif qu’un sondage du Figaro). Aujourd’hui, place à ce que nous sentons vraiment.

Tout le monde n’a pas eu la décence d’attendre. D’ailleurs, tout le monde n’en ressent pas le besoin. Moi non plus : bien que soucieux de ne pas colporter n’importe quoi, ou de ne pas réagir sous le coup de sang, j’ai fait comme beaucoup : partager l’image > sauvegarder sous > changer photo de profil… Regarder tout le monde en faire autant, y compris des gens que je ne peux pas voir en peinture, idéologiquement. Lire l’interview de Luz, d’une justesse soulageante. Rechanger l’image de profil, etc. 

Si vous n’aviez qu’un truc à lire: http://www.lesinrocks.com/2015/01/10/actualite/luz-tout-le-monde-nous-regarde-est-devenu-des-symboles-11545315/

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D’autres ont eu encore moins de retenue (encore un gros mot, castrateur, punitif), mais c’était aussi une sorte de lucidité politique : Marine Le Pen a immédiatement pissé sur les cadavres en demandant à titre personnel le retour de la peine de mort. Aussi désolant que ce soit pour moi, elle anticipait — par ce raccourci illustrant la simplicité déconcertante de la manipulation politique à l’adresse des simples d’esprit — la manœuvre de la masse, qui voulaient crier vengeance d’abord, puis crier victoire, et enfin crier répression.

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Nous sommes Charlie et nous allons voter des lois liberticides, parce que. Avec 20 ans de crédit restant, vous feriez pareil, jeunes cons.

Les cris de liberté du 11 ne trouvent d’échos que dans ceux réclamant plus de surveillance, plus de contrôles, plus de cadre répressif lourd et inutile : un patriot act à la française, sur fond d’un mélange confus de racisme et d’islamophobie. On va faire exactement ce qu’on reprochait à Charlie Hebdo : tous les Arabes sont potentiellement musulmans, tous les musulmans sont potentiellement talibans ou daesh-ites (j’aime la sonorité que ça prend). Seulement voilà, une caricature, c’est un dessin pour se moquer, alors qu’une idéologie prolongée par un arsenal juridique, ce sont des morts. Des morts, il y en a déjà eu 12 dans une rédaction, parce que certains ne comprennent pas ce que ça veut dire. Alors, prolonger leur raisonnement, ça me paraît tellement déplacé…

Lisez néanmoins ça : http://www.arretsurimages.net/articles/2015-01-08/Je-ne-suis-pas-Charlie-Et-croyez-moi-je-suis-aussi-triste-que-vous-id7366

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Nous sommes les triplés, et nous sommes l’insolence de bon goût, hein les filles ?

Bref, on va vers plus ou moins tout ce que conchiait chaque semaine Charlie, toutes époques confondues. On a déjà eu droit à une sacrée dose de n’importe quoi, les cloches de Notre-Dame qui sonnent, Wall Street est Charlie, le FN qui veut participer à la marche, des tyrans invités, Netanyahou et Sarkozy qui s’incrustent, le panthéon évoqué, etc. C’est la grande gaudriole.

« Cet unanimisme est utile à Hollande pour ressouder la nation. Il est utile à Marine Le Pen pour demander la peine de mort. Le symbolisme au sens large, tout le monde peut en faire n’importe quoi. Même Poutine pourrait être d’accord avec une colombe de la paix. Or, précisément, les dessins de Charlie, tu ne pouvais pas en faire n’importe quoi. Quand on se moque avec précision des obscurantismes, quand on ridiculise des attitudes politiques, on n’est pas dans le symbole. »

Finalement, c’est ce qui compte : le 11, les Français défilaient. Luz voit juste, à mon avis, quand il dit simplement qu’ Hollande a besoin d’un grand rassemblement d’union nationale. Je trouve ses mots très bien choisis. La suite est mon exégèse personnelle. Si vous étiez déjà fatigué, c’est le moment d’arrêter de lire.

Je suis Charlie Manson et je note vos noms.

Je suis Charlie Manson et je note vos noms.

Les mots de Luz s’inscrivent, de mon avis formé par les études (historien-géographe…), dans une série de courants de pensée historique assez typique (caricaturale, diront d’aucuns) pour l’approche française du sens de l’Histoire. 

Cet intitulé de base vous aura donné un indice : ce qui suit ne s’inscrit pas dans une vision kantienne/néo-kantienne de l’Histoire ; l’idée que l’histoire soit un enchaînement de hasards, quoique je ne la rejette pas entièrement, je n’y souscris pas entièrement non plus, et ce n’est pas l’objet de la démonstration.

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Tout d’abord, considérons le matérialisme historique (version un peu désabusée, pour ma part) :

« Le matérialisme historique, ou conception matérialiste de l’Histoire, est une méthode marxiste d’analyse de l’histoire, dans une optique matérialiste. Elle induit l’idée, présente dans les écrits de Karl Marx et Friedrich Engels, que les événements historiques sont influencés par les rapports sociaux, en particulier les rapports entre classes sociales, donc par la situation réellement vécue par les êtres humains. » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Matérialisme_historique)

L’Histoire est une construction. Hegel voyait dans l’histoire une construction linéaire, temporelle, et Marx va la reprendre (et rompre avec, bien sûr) : l’histoire à un but et une fin. Si le propos de base semble lointain dans notre histoire de trous de balle tirant sur des tailleurs de crayon, il reste que l’Histoire en tant qu’entité temporelle à sens déterminé est construite par ses acteurs. Sauvegardez cette image pour plus tard, sur votre disque Iomega Zip de 250mo.

Je suis un garage à bites

Je suis un garage à bites.

L’école des annales, c’est notre deuxième élément de courant historique.

« L’histoire doit devenir une “histoire-problème”, qui questionne le passé et remet constamment en question ses propres postulats et méthodes, afin de ne pas être en reste sur les autres sciences et sur l’histoire du monde. Cette obligation implique de sortir l’histoire de son “immobilisme académique” en diversifiant et surtout en croisant ses sources, au-delà des seules références écrites traditionnelles. Il s’agit de s’ouvrir aux autres sciences humaines, de les combiner entre elles afin de pouvoir stimuler la curiosité de l’historien. Pour citer Marc Bloch, l’autre fondateur : “Le bon historien ressemble à l’ogre de la légende. Là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier”. »

(http://fr.wikipedia.org/wiki/École_des_Annales)

L’histoire se construit autour de phénomènes sociaux et humains, dont les traces, parfois visibles, parfois moins, méritent examen. Si ces traces existent, elles ne sont pas forcément évidentes ou enseignées, puisque l’histoire événementielle est bien souvent celle du groupe dominant, qui rejette ce qui ne l’arrange pas dans les périphéries, voire dans la zone de non-droit de la mémoire collective.

Je suis un merlan. Rejetez-moi à la mer, soiouplait, je n'ai pas aquarium, je n'ai pas paillettes...

Je suis un merlan. Rejetez-moi à la mer, soiouplait, je n’ai pas aquarium, je n’ai pas paillettes…

Osons un hasardeux glissement, CMB DTC, comme si l’histoire marxiste avait pénétré l’école des annales pour en dénoncer les juifs : « L’histoire est écrite par les vainqueurs ». C’est Robert Brassilach, très très loin d’être un coco, qui l’a énoncé en ces termes si purs, lui dont les mots claquent aussi fort que ses idées, d’une puanteur qui rend le maroilles oublié dans le coffre de la voiture un jour de juillet digne de figurer dans une collection de Guerlain (je choisis cette maison par hasard, hein ?).

Je suis so fly je could touch le sky, ouais.

Je suis so fly je could touch le sky, ouais.

Sauvegardez ça aussi. Troisième courant : la Nouvelle Histoire.

« La Nouvelle Histoire est avant tout l’“histoire des mentalités” : il s’agit d’établir une histoire sérielle des mentalités, c’est-à-dire des représentations collectives et des structures mentales des sociétés. En fonction de la question posée, l’historien-analyste s’efforce de proposer une interprétation rationnelle des données que lui a* fournies son corpus de recherche. »

* « ont », d’après Wikipedia. Vous jugerez. 

Pas juste de l’événement, pas seulement de la construction basée sur la foi envers le progrès et ses phases déprimantes (âge d’or, déclin, croissance, ad lib.), pas que de grands ensembles, mais aussi le sentiment de vivre l’Histoire, de s’y situer, et comment cet ensemble s’exprime. Voilà aussi un objet d’étude, encore fort vivant aujourd’hui.

Je suis Charlie, si vous voulez, mais je préfèrerai être à genoux devant Wolinski.

Je suis Charlie, si vous voulez, mais je préfèrerais être dessinée à genoux par Wolinski.

Partons de là et reprenez vos deux sauvegardes.

Il y a les actions-réactions-rejets, etc. Des phénomènes psychologiques connus. Je vous renvoie aux stades du deuil dans ce billet précédent, et au dessin d’Odieux Connard en lien, plus haut. On peut considérer que les mouvements de révolte, de déni, ou simplement de troll sont inhérents à chaque événement plus ou moins violent. Mais parlons plutôt des trolls plus argumentés.

Avant même le deuxième jour après la tuerie, les théories du complot apparaissaient. Des éléments troublants, il y en a toujours. Des possibilités de manipulation, de coup monté, de complots, truanderies, barbouseries, Charlespasquateries, françafriqueries, l’Histoire en est jalonnée. C’est le travail de recherche des Nouveaux Historiens, qui malaxent généralement sur la matière morte ou en train de le devenir ; je dis ça en tant qu’ex-étudiant se spécialisant sur l’histoire immédiate, celle des acteurs vivants, mais plus pour longtemps. C’est pourquoi j’utilise le terme matière et non acteurs. Les acteurs sont vivants, les faits sont morts : c’est ce qu’étudie l’histoire de la mémoire, qui s’inscrit en parallèle celle — sociale — des mentalités.

Je suis Charlie et le haricot magique, et ce con est est train de pousser dans mon nez.

Je suis Charlie et le haricot magique, et ce con est est train de pousser dans mon nez.

De la jonction des deux naît ce que l’imaginaire collectif représente. L’Histoire fantasmée en fait partie, et c’est cette partie qui apparaît comme palpable, vivace, dans notre cas de figure.

C’est une partie de l’histoire que quiconque a une ambition politique quelconque se doit d’exploiter : c’est un puissant outil de maniement des masses, et notre instinct grégaire s’y prête parfaitement. Nous cherchons tous à entrer dans des cercles fermés, des sociétés, des clans. Vestimentairement, virtuellement, religieusement, de manière évidente. Intellectuellement, être exclu de certains clans les fait apparaître comme dominants et suscite autant de réactions de créations de contre-clans que de contre-attaques. En gros : tu rêves en fait d’entrer dans une loge maçonnique, mais tu ne peux pas alors tu postules au Rotary club, en te foutant des nazes qui ne sont qu’au Lion’ s Club, pendant que ton pote vous crache tous à la gueule avec son cercle de Dieudonistes sur Facebook, qui fait rire les chauves de la Croix-Rousse. 

Je suis l'aliceleste, mais là, j'ai sommeil.

Je suis l’aliceleste, mais là, j’ai sommeil.

Or, ce niveau « tinfoil-hat », celui qui se nourrit du fantasme du caché, celui qui présente la connaissance du secret, des secrets, des rouages de qui connaît les secrets, de comment les secrets sont faits, comment et pourquoi les secrets sont partout, etc., ce niveau-là intéresse l’historien. J’ai personnellement envie de savoir comment à partir de l’Histoire en train de s’écrire dans les grandes dynamiques humaines (sauvegarde 1 et 2), l’humain lambda cherche à en comprendre les coulisses alors qu’il n’arrive déjà pas avoir ce qui se passe sous ses yeux. J’admire sa pugnacité à construire des théories à ne partir de presque rien, par des raisonnements par l’absurde, comme un jour de mauvaise foi intense parce que tu as un bouton sur le front et que ta balance affiche +3 kg.

 « Oh, tu es bien jolie aujourd’hui, ma chérie »

- AH OUAIS ? Et les autres jours, j’ai l’air d’une merde, c’est ça ? C’est pour ça que tu regardes toujours les putes toutes minces ?! »

Amis complotistes, sachez-le, aussi juste que puisse être votre cause, quelle que soit la qualité de l’argumentation, la forme du discours vous disqualifie dans 99 % des cas. C’est d’une tristesse…*

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Je suis bonjour

je suis nintendo

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*ça me rappelle VinoBusiness, un documentaire d’une rare partialité, ruinant d’un coup des sujets fondamentaux, qui devaient être connus (pesticides, « fabrication » des vins, galère des petits paysans, etc.) à grand coup de manichéisme, commentaires débilitants, raccourcis volontaires. Un gâchis

Je suis entre tradition et charlinité

Je suis entre tradition et clitoridienité. Et alors ?

Que l’on considère la production de l’Histoire comme un phénomène de mémoire ou comme un phénomène écrit, rédigé, dans les deux cas, les théories complotistes modernes sont imbitables parce qu’écrites avec les pieds et contées avec une fausse modestie qui transparaît immédiatement parce qu’inhérente au projet : le but des théories « on nous cache tout », c’est de se mettre en avant comme celui qui sait. C’est juste l’orgueil en spectacle, comme tout le monde, mais en plus inscrit dans une tradition historique que vous ignorez, mais dont la rigueur vous fait défaut. Tout ceci est peu décevant, quand on fait son beurre sur le fait d’être une alternative tonitruante à la vérité officielle.

Je suis atterré

Je suis atterré.

C’est vrai que je ne m’intéresse pas vraiment au fond de vos histoires de wannabe francs-maçons du café du commerce. Pourtant, je m’intéresse à ce qui vous amène à penser, à chercher, à étaler votre fierté de l’information acquise par vous seul et vos amis qui se défendent d’être politisés. Je m’intéresse à votre curiosité pour ce qui n’est pas vu, votre détresse à ne pas comprendre ce que vous voyez et à chercher des explications ailleurs, qui correspondent plus à votre sensibilité. De ce point de vue, je vous estime et je vous plains un peu, aussi, vous les ogres dont l’appétit ne touche que l’ombre.

Je suis dans l'ombre. Vous parliez de moi ?

Je suis dans l’ombre. Vous parliez de moi ?

Bref. Je ne milite pas pour que tous gobent tout et n’importe quoi, mais pour que vous arrêtiez de vous ridiculiser, et de me les casser sur les réseaux sociaux avec vos clins d’œil en guise de preuves tangibles. « Non, mais c’est trop gros, hein, on s’est compris » n’est pas une forme scientifique recevable, quoique votre manière de penser soit le produit d’une construction historiologique dominante, celle qu’on enseigne.

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Synthèse, conclusion. Fusion des 3 sauvegardes.

Si l’histoire s’enseigne toujours aussi mal, autour d’événements (1515, 1789, etc.) c’est parce que ceux qui les écrivent entendent présenter ces événements comme une construction (nationale, sociale, politique, symbolique, collective), un jalon du (bon) sens de l’histoire en marche, comme la réalisation d’un courant, de phénomènes sociaux, que les Hommes ont produits, et comme symboles des représentations dominantes. Cela n’empêche pas la pluralité des points de vue, évidemment, ni les révisions de ces points de vue. La chute du mur de Berlin peut se voir sous plein d’angles différents : vous les chercherez vous-même, je ne vais pas écrire une thèse non plus.

Je suis Myope et j'ai des fausses lunettes.

Je suis myope et j’ai des fausses lunettes.

Le 11 janvier de la phrase de Luz, on peut la superposer à cette optique : l’acteur est vivant, mais la mémoire porte sur un objet, disons, mi-mort (vous excuserez…). L’acteur prend acte des constructions de mémoire qui sont en train de s’opérer, et qui lui échappent presque totalement. Il voit s’opérer une construction historique : ressouder la nation — et la suite le montre, redonner une certaine image de la France, ce que, même si on n’a que peu d’occasions d’encenser un président, en France, il aura très bien géré. On remarque que le dessinateur ne va pas s’opposer au projet, fut-il résolument à côté de la plaque concertant la mémoire que lui-même — acteur et objet, en parallèle — a de ce qui est le déclencheur (le meurtre d’une rédaction de journal).

Je suis Charles Higgins, mais là, je vais à un mariage, alors voilà, pas de chemises à carreaux, hein ?

Je suis Charles Ingalls, mais là, je vais à un mariage, alors voilà, pas de chemises à carreaux, hein ?

En bref : il se résout à accepter la domination de la construction historique, tout en refusant de laisser totalement s’échapper l’objet (en faisant partie), et se prépare tant bien que mal à en assumer la subsistance dans le tsunami de récupérations qui s’approche. Merci Luz. Je vous aime. 

Vous croyez que j’ai fumé la moquette ? Vous avez tort : j’ai bu. Je ne saurais écrire sobre. Je vous emmerde.

Je suis à part.

Je suis dans mon monde.

NB : toutes les personnes prises en photo ici sont mes amis et connaissances personnelles. Vous n’insinuez rien et vous allez boire une bière fraiche au lieu de réfléchir trop pour rien. 

Le jeu de l’amour et des levures, 1.

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miches-passion.com

Un titre élégant et un article bien vulgaire. Beware.

La fermentation est quelque chose que je ne maîtrise pas, comme ma mère ne la maîtrisait pas non plus. Son pain ressemblait plus à une brique tombée d’un mur de Charleroi qu’à un truc léger dans lequel tu as envie de te rouler et de faire des enfants après des préliminaires au Nutella.

D’où mon intérêt pour elle (=la fermentation. Ma mère, Freud et Noël s’en occupent), comme pour ce qui touche au ni cuit ni cru, ni végétal ni animal : champignons, levures, bactéries, mycoses vaginales, etc.

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MycosesPain de seigle

Cherchez l’intrus.

Le pain est cher, au Japon, autant qualitativement que dans l’absolu. C’est clair que ce n’est pas un gros producteur de blé, comparé à la France, et que si le Japonais moyen se met une quenelle dans l’œil lorsqu’il affirme que c’est parce qu’il n’en consomme pas, il n’en demeure que ce n’est pas la spécialité nationale.

Faudrait-il que je m’explique, que je dirais que les udon, soba, ramen, somen, okonomiyaki, takoyaki, gyoza et tempura (parmi d’autres) contiennent tous de la farine de froment, et que c’est presque l’alimentation quotidienne du Japonais. Oui, je vous vois venir avec vos sabots de charançons staliniens : ils mangent aussi du riz, mais ça, ils en ont conscience. Et des pommes de terre. Dans le même repas, forcément aussi équilibré que le cerveau de Mel Gibson (qui savait que se déboîter l’épaule à répétition menait à l’antisémitisme ? Hein ? Répondez à ça, les scientifiques !).

Le blé est caché dans tout (comme le Juif et le Franc-Maçon… euh… non) — comme en France, d’ailleurs : vous rirez en trouvant des « sirops de blé » dans vos sucreries sans farine —, personne ne sait ce qu’est le gluten, et de toute façon, tout le monde s’en bat les couilles, ça doit être un truc d’étrangers, comme le sida, comme vouloir mettre la main devant la bouche pour bailler, ou rentrer à la maison tôt pour voir sa flemme ( « nan mais tu te rends compte ?! Ta femme !!! Lololololol !! »).

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Une série de pain en étoile, comme ton anus.

Revenons à nos bactéries : c’est une des spécialités nationales. Suffit de voir tous ces gens qui se grattent dans le métro, les neiges-du-crâne, les porteurs de crocs et chaussettes, et autres déflocages et désquamages intempestifs pour comprends que le Japon mène une course à la colonie avec le Shinbeth. Il y a plus de colonies dans un club de kendo que dans tout Jérusalem-Est, c’est un scandale.

Jambon cru de l'Ardèche

Jambon de l’Ardèche kosher.

Foccacia et saucissonChaource

Dans la cuisine, vous objecterez à juste titre que les mœurs modernes (=la flemme monstrueuse, puisqu’aucun n’oserait parler réellement de confort) ont tué une grande partie de la culture bactérienne domestique nippone. Les villages, qui se construisaient vaguement autour des éleveurs de moisissures (=kojiya-san), voyaient leur alimentation pauvre en protéine dépendre en partie des produits fermentés : Nihonshu, miso, amazake, nukazuke, tsukemono, natto, sushi, autant de produits qui viennent de la fermentation.
Il existe bien sûr encore de petits éleveurs et vendeurs, comme celui que nous étions allés voir avant Noël 2013 pour faire notre miso. Si ceux-là disparaitront sans doute dans une génération ou deux maximum (à défaut de boom), les gros continueront à produire, parce que les produits font partie de la culture nationale, fondamentalement (vous connaissez beaucoup de recette sans saké-mirin-shoyu-miso ? Que du fermenté.)

Lin

Graines de lin « homegrown »

J’avais fait du kimchi pour la première fois, vers 2003. Étant donné que c’est presque la même recette que la choucroute, ce n’est pas l’eau du Rhin (autrement dit : la pisse) à boire. Arrivé au Japon, j’ai plutôt appris à faire ce que je ne savais pas acheter, faute d’argent ou de disponibilité : rillettes, cottage cheese, tarama, houmos, ce genre de babioles. Puis Fumiko, une élève, m’offrit du miso fait maison, et j’ai commencé à en faire aussi, puis du rakkyo, des umeboshi, du raifort, des achards, des betteraves lactofermentées… et du pain.

Débordements

Débordements de joie…

Le pain, c’est (au présent) ma terreur : un processus que j’ai peur de foirer comme déjà tant de fois. Un truc absolument aléatoire, du premier levain à la miche finale. Tant de recettes suivies à la lettre, tant de foirages. Se réveiller à 4 h 30 pour donner deux tours ou dégazer, et avoir un pain immangeable quand même. Petit à petit, comprendre que la farine n’est pas la même, que la chaleur tournante du four ne peut pas être désactivée, que l’humidité de l’air fausse tout, que le cul de poule en inox ne donne pas le même pâton que celui en plastique, qu’au-dessus d’un certain poids, mes levains successifs (au seigle, au sarrasin, à l’épeautre, à la farine blanche de merde) n’étaient pas assez puissants pour faire lever des trucs de plus de 600 gr, que dès que tu ouvres le four il perd 20 °C, que 250 °C c’est sa limite « théorique » (230 °C en pratique)…

BriquePain carrelage

Pain mal cuitPain pas cuit

Tant de ratés…

Quelques compromis pour ne pas perdre espoir, de temps en temps…

Pain allemand

Petits pains allemands, aux graines de lin et au seigle, à la coriandre, pognes de Romans, etc.… à la levure SAF. Because fuck you.

Pogne

Pein seigle levain déshydratéPetit déjeuner 

Joie du petit déjeuner.

Le levain, ce truc vivant, il faut lui donner un nom. Mon premier s’appellera Jacob, du nom de feu mon oncle, pas le dernier des têtus sous sa coupe au bol de garçon milieu de classe devenu adulte barbu, à un moment ou les hipsters n’existaient pas. Un jeu de mots, aussi, sur le mot , levain, prononcé Kobo… fallait décider : (« Va pour Kobo ! » -> « Jakobo ! »).
Les levains sont censés ressusciter toujours plus forts, revenant des flammes de l’enfer comme Ikki dès que le boulanger shoune, mais bon… Jacob a dépéri petit à petit, comme son géniteur patronymique.

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 Vieilles croutes.

L’actuel s’appelle Yaphet, du nom du frère de Jacob. Yaphet, l’oncle anabaptiste du Canada, rustique, d’humeur doucement acide. Yaphet Kobo, qui joue parfois le méchant, parfois le gentil, mais toujours avec une certaine classe.

Et crie parfois aussi.

Phrase de vieux culs n°122 : « Tu as une âme d’artiste, toi ! »

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Pour ce qui est du reste du séjour du post précédent, c’est assez simple, puisque comme souvent : un mélange de choses dont je n’ai rien à foutre et dont vous n’avez rien à faire non plus.

meubles

Par exemple, un « free-market », où les créateurs locaux vendent leur verroterie. Tu as fait une fac d’art plastique et tu t’es mariée à un webdesigner, avec pour résultat d’avoir une fibre artistique frustrée et trop de temps libre ? Fait de minis-objets en bois, des boucles d’oreilles en laiton ou broches-animaux pyrogravées.

bouclesvieux à vélo

Parfois, c’est pas mal, d’ailleurs. La demoiselle ci-dessus faisait de très jolis bijoux fantaisies.

Disons juste qu’elle était la seule, perdue au milieu d’une troupe de tricoteurs de vêtements pour enfant, recycleurs imitant les magazines, vendeurs de café en salopette (WTF ?), vieux meubles design, miniplantes en minipots, etc. Le public ? Des hipsters en couple et en habits de montagne. Sympathiquement déprimants. Bon esprit, ce qui déclenche en moi l’inverse.

Amoncelés

Il n’y a pas que mon jardin qui est à l’abandon : celui des parents de ma compagne aussi. À force de se demander pourquoi, elle-même en est à faire des guillemets avec les doigts en disant « isogashii »*, tellement on ne voit pas comment regarder la télé quand il ne pleut pas peut être plus important que de tailler les arbres ou ramasser les kakis.

(*ils sont « occupés »)

Pelés

Les kakis âpres ne le sont que pour un temps. Nous, Occidentaux, attendons qu’ils gèlent pour les déguster fondants, mais les Japonais n’aiment pas ces textures mielleuses et veulent du kaki dur comme mon priapisme matinal. Voilà pourquoi on préfère ici les variétés fermes. Vous lirez ces jolis articles pour un topo plus complet :

http://www.lemanger.fr/index.php/la-magie-du-kaki/

http://www.lemanger.fr/index.php/hoshigaki-le-kaki-seche/

http://www.lemanger.fr/index.php/kakis-seches-faits-maison/

Pour les kakis âpres, nous avons décidé d’en faire sécher. Pas pour moi, parce que vu la quantité de noyaux qu’il y a dans cette récolte (un vieil arbre + une variété spontanée, je pense), ça sent le cassage de dents ou le calvaire à manger. N’empêche qu’on en a pelé une centaine et fait quelques guirlandes en chantonnant La Ventura, jusqu’à avoir les mains noires.

Suspendus

Le deuxième projet, le mien, était de faire du kimchi de kaki. Vous lirez cet autre article pour savoir comment ça marche :

http://etrangerecuisine.canalblog.com/archives/2012/01/23/23302822.html

Feignasse que je suis, j’ai juste acheté de la base de kimchi toute prête. La magie du truc : l’astringence disparaît complètement après 30 minutes de marinade au sel. C’est fabuleux.

préparation

Pour l’instant, la lactofermentation n’a qu’à peine commencé, donc l’ensemble est très doux, et pue fort l’ail et la sauce de poisson.

Fermentation

Aller à Shizuoka, c’est aussi l’occasion de voir la famille. Par exemple, la très dynamique et casse-burne-quand-elle-s’y-met tante Murai, head of the supérette locale, veuve, cultivatrice de rose en dilettante, reine du je-m’invite-à-manger (y compris si c’est pas l’heure de dîner… mais encore une fois, comme le constatait RP : le monde appartient à ceux qui ne doutent de rien).

Superette

Cette fois, elle se contentera d’un passage éclair pour dîner et annoncer qu’elle avait l’intention d’organiser un omiai (rencontre arrangée en vue d’un mariage) pour la grande sœur, présentement en poste à Okinawa.

J’en ris d’avance : quand elle passe à la maison, ladite soeur reste sur le net toute la nuit, ne se nourrit que de sucre et a les dents qui vont avec… Ça va être tendu de la faire passer pour l’épouse idéale auprès d’un mec de la campagne profonde. Et elle qui a habité au Canada, à Singapour, Bali, Bangkok, ça va lui faire plaisir de passer 45 minutes assises en seiza face à un salaryman qui transpire de n’être jamais sorti de la préfecture. Bref…

Saké

Y’a pas que la tante, heureusement. À Ogasa habite une autre tante, qui recevait une autre tante. Vous suivez ?

C’est dur à imaginer, tant d’enfants, à l’époque ou plus personne ne veut en faire parce que c’est chiant à élever, qu’un petit chien c’est plus mignon, et même que ça coûte un bras parce que toutes les écoles sont privées, alors que des vêtements pour petit chien ça coute juste un demi-bras, etc.

En tout cas, ils sont funs, de ce côté-là, et c’était un jour de matsuri. On a mangé des sushis commandés et livrés sur un plateau en polystyrène imprimé (classe, toujours), de l’oden de Shizuoka (sachez-le : si l’oden de combini vous dégoûte à juste titre, allez à Shizuoka manger un oden local, ça n’a juste rien à voir), on a bu du bon saké (sorti de nulle part après m’avoir proposé un Bordeaux semi-industriel de 2012, très tannique et strait from the frigo, ce qui est non seulement l’accord parfait avec les oursins et la sole, mais aussi une condition de dégustation optimale, universelle comme un crachat dans la tronche), et soudain, le neveu est entré trempé de sueur et d’alcool, m’a chopé par le cou et traîné dans la matsuri en me faisant boire de la bière d’une bouteille en plastique de 2 litres. J’étais in love, bien entendu. Je regrette un peu qu’il ne m’ait pas gerbé dessus en passant.

Un tourTonyHailAdieu

Ça allait quand même, mais pas la bouteille suivante : les gars qui tirent les cordes des chars se font tourner des bouteilles de coca remplies de whisky pur. Pur. Oui, du pur ouisky de chez Suntory, celui à 780yens le demi-litre, avec une étiquette telle que même si c’est légal de boire dans la rue, tu demandes un sac en papier parce que tu as honte de ton prolétariat organoleptique. Tu croyais qu’il sortiraient le Coffey Malt de Nikka ou quoi ? Rhahhhh la salope….pas moyen. Ils avaient tous entre 15 et 20 ans: c’est pas gagné pour faire respecter la loi, un jour de matsuri.

Tourne

Et maintenant, j’arrête de vous emmerder avec mes histoires de la campagne.

Phrase de vieux cul n° 121 : « Qui s’y frotte, s’y pique ».

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Goron

La flemme.

Sans être particulièrement flemmard, taper un article sans poser les avant-bras s’avère être assez fatigant. Comment en suis-je arrivé là ? Je laisse les crampes de pougnette à d’autres branlots : moi, c’est le jardinage.

Traces

Force est de constiper constater qu’à force* de taquiner la touffe, on s’y brûle parfois.

(*oui, j’étais stagiaire à TF1, je sais faire des phrases irritantes, aussi)

Ne nous méprenons pas : si la pilosité oursinesque de l’entrejambe des Japonaises pouvait inspirer un « qui s’y frotte s’y pique » cavecanemique, ce ne serait pas justifié ; la Japonaise a généralement le poil doux et soyeux comme le nounours cajoline, kyaaaaa, kawaiiii, putain ta gueule.

Après, sachez de ces tas de sarments qu’ils brûlent rarement : si Moïse avait reçu les tables de la loi derrière le buisson-ardent de Naoko, ça se saurait. C’est boisé parce qu’il faut garder la chaleur, pas autre chose. Rien de pire qu’un rhume de chatte, dit-on à la télévision. La réputation de fantasmée chaudasse du soleil levant, vous pouvez vous les garder, comme les paraboles en bois de journalistes au petit pied, samouraïs des temps modernes dans un pays entre traditions et modernité admirant les feuilles rouges de l’automne avec humilité. Enculés, va ! Mourez donc, rédacteurs sans verbe !

La touffe brûlante que je touchais, pour revenir au sujet, c’était ça :

Panais

Une plante que j’avais plantée il y a 6 mois. Des panais.

« Le panais (Pastinaca sativa L. subsp. sativa) est une plante herbacée bisannuelle à racine charnue, appartenant à la famille des Apiacées, qui fut autrefois très cultivée comme légume et comme plante fourragère. C’est une culture quelque peu délaissée de nos jours, sauf en Grande-Bretagne où ils ne mangent que pour survivre de toute façon, dans les pays nordiques quand ils ne mangent pas des boulettes de viande à Ikea et en Afrique du Nord.

Le panais, d’une couleur blanc ivoire comme les dents de Michel Leeb, a une forme proche de celle de la carotte, et un goût légèrement sucré. »

Voilà d’après Wikipédia.

6 mois, c’est long. Il faut dire que ça faisait vraiment longtemps que je n’étais pas allé à Shizuoka, et que donc, ma partie du jardin était complètement à l’abandon. La dernière fois que quelqu’un avait arraché un panais, il était ridiculement petit, et j’avais pensé qu’il fallait les laisser plus longtemps.

petit panais

Le résultat est moche : c’est tordu, très dur, filandreux. Le goût est bon, pas de soucis, mais le centre est immangeable, comme du bois. Finalement, il ne reste pas grand-chose à manger dessus.

gros panais

J’en ai fait une jolie purée panais-courge butternut après maints passages au chinois, servie avec une blanquette de volaille aux trompettes de la mort. C’était très bien, mais un peu pénible à réaliser (et « un peu pénible » pour moi, c’est probablement « putain de ta race maudite j’abandonne » pour vous).

Samedi, j’arrache quelques plants. Les fanes sont superbes : je les trie, espérant en faire quelque chose plus tard. Pas possible de les manger crues : le goût est trop fort, sauvage, comme un concentré de céleri et de livèche. Le corps refuse, c’est comme un réflexe de défense… j’en ferai une soupe, en hachant tiges et feuilles fraîches, mises à la cocotte-minute avec du porc plein d’os et un peu de bouillon, comme un frugal cocido sur le chemin de compostelle : c’est bon.

AraignéeChacun sa bouffe.

En attendant, ce samedi, j’arrache, je trie. Il fait beau, le typhon arrive demain. je suis en t-shirt.

« (le panais sauvage) provoque des dermites de contact, qui peuvent être sévères et provoquer chez les sujets sensibles des brûlures du 2e degré. La sève du panais (…) contient des substances, les furanocoumarines, qui ont la propriété de provoquer des réactions cutanées, aggravées sous l’action des rayons solaires par photosensibilisation. (…)

Le risque de brûlure existe aussi avec les variétés cultivées de panais, en particulier en production de semences (…) Le risque est d’autant plus important qu’on ne sent rien et que les brûlures n’apparaissent que plusieurs heures après le contact avec les plantes. Ces brûlures sont longues à cicatriser. »

BruluresBrulure 2

Je confirme : on ne sent rien. Puis des rougeurs apparaissent. Puis des cloques. Qui se percent. Suitent. La douleur. Ouille.

Riz

Ne riz pas jaune, enculay.

J’en suis là : ce n’est pas grand-chose, mais ça continue à cuire. Je n’ai décidément pas trop de chance avec les brûlures idiotes : après m’être brûlé au 3e degré avec une bouillotte collé à mon mollet toute la nuit (en 2010), c’est sans doute le retour du tulle dans la maison. Tulle qui n’est pas donné autrement que sur ordonnance, au Japon. C’est pratique, tiens…

Phrase de vieux culs n°75 : « Les amis, ça se compte sur les doigts de la main de Django Reinhardt »

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Un article sur l’amitié virile mais sans bites qui se touchent sous la douche.

Le tout illustré de photos neuneus qui n’ont rien à voir, mais avec des commentaires dignes de page Facebook d’une pucelle de 11 ans, ou d’une Marseillaise de 40.

Coucher de soleil et doigts dans le cul

L’amitié, c’est beau comme regarder un coucher de soleil ensemble, putain con !

Hier soir, j’ai enfin eu la chance de revoir Mamoru, un ami que je n’avais pas vu depuis bien longtemps. C’est un de mes forts rares amis japonais, ce qui est triste dans le fond, mais qui est en partie de ma responsabilité.
Quand tu arrives, tu as soudain, après deux ou trois nomikai, autant d’amis que d’antiquaires dans le quartier du Sablon. Bien.

Gland

 On dit parfois que l’amitié, c’est aussi sucer des glands sucrés et riches en tannins. Mais c’est pas vrai. 

Mais de la même manière que tu as peut être « plein d’amis gays » ou que tu te balades avec des Japonaises inintéressantes à faire le guide touristique roublard de level 100yens shop (« j’vais vous raconter des trucs salaces sur les rambardes des anciennes maisons de passe d’Aix-en-Provence, z’allez voir c’que vous allez voir ! »), les passionnant inversement autant que ce que tu dis, espérant baiser la moins moche qui n’est là que pour faire plaisir à la plus moche qui rêve de ton sceptre de souverain d’Otokar (oui, les bus et les autocars, ça va de paire*), eh bien, le constat est simple : c’est de l’apparat.
*Un pot de nutella ou une bière blonde offerte à qui la comprend.

Bande mou

L’amitié est blanche et pure mais peut avoir un coup de mou, comme la bite. 

Vous prétendez avoir des pédés d’apparats. Vous les choisirez les plus sensiblement folles possible. Ils ne rencontreront jamais vos vrais potes.

Vous choisissez de promener des Nippones pour pouvoir être vu de toute la ville avec elles, et que partout dans la rue, qu’on vous entende parler de vous, que les filles soient nues, qu’elles se jettent sur vous, qu’elles vous admirent – qu’elles vous conspuent, qu’elles s’arrachent votre vertu, quoique le mot soit décidément mal choisi. Bref, elles ne verront jamais vos parents, à part pour justifier que le financement de votre LEA valait finalement quelque chose et que vous « parlez le chinois » pour de vrai, contrairement à ce que dit Papa.

Passage obscur

L’amitié, c’est parfois comme un passage obscur, dans lequel on serre le sphincter s’il y a un bruit derrière nous. 

Vos amis d’apparat, sélectionné sur critères de nationalité, d’orientation sexuelle ou couleur de peau si vous êtes à l’UMPFN (le fameux « ami arabe, qui travaille bien, LUI, pas comme les autres »), ils doivent vous mettre en valeur, mais ce sont les fleurs de votre maison. Redonner de l’eau est possible, mais souvent, laisser mourir est plus simple.

Fleuve

L’amitié, c’est parfois un fleuve tranquille. Très tranquille. Comme pour mourir noyé.

Donc, après quelque temps, votre liste d’amis est épurée. Oh, on vous invite encore régulièrement pour faire le gaijin de décoration, et puis aussi pour se prouver qu’on n’est pas froid, mais au final, coincé dans ces énièmes soirées dans un café-bistro au nom vaguement franco-italien (« quatre de buono » ? Genre…) à manger une tranche de chorizo espagnol de Niigata avec le 16e gin-tonic en 40 minutes (« plus que 20 minutes de free bar ! » ) et à répéter le même schéma conversationnel avec tout le monde, vous voudriez juste ne plus avoir « d’amis ».

Conversation type 1 :
– Tu viens d’où ?
– De France. De FU-RAN-SU.
– Aaaaah, j’ai compris. De Paris ?
– Non, de Provence.
-…(tête qui penche à droite)…
– Dans le Sud. Près de la mer.
– Du côté de Mont-Saint-Michel ?
– Non, du côté de Marseille.
-… (se tourne paniqué vers un autre pote)…
– Nice ? Tu comprends ?
– Ah oui, Nice ! J’y suis allé 1 jour.
– Et après tu es allé à Eze ?
– Ouiiiiii ! Comment tu les sais ?!
– Mahhhhhh…
– Et tu fais quoi, comme travail ?
– Professeur de français.
– Ah ben oui, bien sûr. Jaaaa…BONDJOURE ! Au fait, comment tu t’appelles ?

Au lieu de faire ce blog mité (mais pas miteux, j’en suis relativement fier), je devrais faire des manuels de conversation pour gens sobres en working holiday au Japanisthan.

Toutes les langues

L’amitié parle toutes les langues et même qu’on comprend quand même !

Pour ce qui est de la version bourrée, après quelques années, j’en étais là :

Conversation type 2 :
– Tu viens d’où ?
– De Kawasaki. Tu connais Kawasaki ? C’est au sud de Tokyo.
– Ahahaha…non, d’accord, mais sinon ?
– Tu me demandes ça parce que je suis blanc et parle japonais comme une merde ?
– …(énorme malaise)…
– Bon, de France. FU-RAN-SU.
– Oh, Furansu, ii neeee ! De Paris ?
– Oui, j’habite dans la tour Eiffel.
– Ah que tu es drôle…(vite, prendre un pote à témoin !)
– Plus sincèrement : dans le Sud, en Provence, près de Marseille
-… (se tourne paniqué vers son pote)…
– Nice ? Tu comprends ?
– Ah oui, Nice ! J’y suis allé 1 jour.
– Et après tu es allé à Eze ? Ou à Grasse ?
– Ouiiiiii ! Comment tu les sais ?!
– Tous les Japonais font la même chose. Et je vois à ton doigt que tu es marié. Tu as donc fait un voyage de noces en France…
– Whaaaa, t’es intelligent ! C’était comme dans ce drama…euh…
– Sherlock ?
– Hein ?
– SHE-RU-RO-KU.
– Ah oui ! ! Tu connais ?
– Bah ouais morray.
– …Et tu fais quoi, comme travail ?
– Professeur de français, comme tous les Français, parce qu’on n’a pas d’autres compétences.
– Ah ben euh… bien sûr. Jaaaa…BONDJOURE ! Au fait, comment tu t’appelles ?

Vous noterez combien je suis désagréable. Justement : Désagréable, c’est mon deuxième prénom. Vous pouvez remballer les noms à la con sortis de Game Of Throne que vous comptez donner à vos lardons quand ils sortiront du four. Moi, je suis Désagréable.

Noir et blancBleu et blancJaune et blancJauneL’amitié, comme les ciels, ça se déchire. Prendez garde !

Et raciste. Pas autant que Robert ou les reteneurs d’étrons de la vieille génération (les papas agressifs qui meuglent contre tout, mais pleurent dés qu’on leur en met une…vous me ferez une liste en commentaire, j’aime les troller). Mon racisme de manuel scolaire (au feu les manuels !) consiste ici à considérer que, dans une situation donnée, tel individu se comportera d’une façon prédéfinie par son appartenance culturelle. C’est le fruit de mon expérience personnelle, mais c’est injuste parce que justement, ceux qui ne se sont pas comportés de cette manière sont devenus des amis ou des copains. D’autre part, j’ai tellement eu ce genre de conversations en France aussi…la pauvreté intellectuelle et l’absence de curiosité n’ont pas de pays.

Toutes les couleurs

L’amitié est de toutes les couleurs, comme les troncs de ces arbres lépreux. 

C’est de ça que nous parlions donc hier soir. « Tu ne trouves pas que les Japonais sont un peuple sans intérêt, dont la conversation tourne souvent court par faiblesse intellectuelle ? »…Mamoru s’exprime en japonais, il n’a pas vécu à l’étranger, il n’a pas baigné dans une autre culture qui l’aurait poussé à relativiser la sienne (quoique souvent, l’effet inverse se produit, avec un phénomène « on est quand même mieux chez nous »)… Il a étudié un peu le français à l’université, quitté son poste de capitaine d’équipe de baseball (NB: ne plus jamais faire de catch-ball avec lui. J’ai cru jouer contre un orgue de Staline) pour se consacrer au design, avec un talent certain pour la typographie, a vécu en collocation, a rencontré une copine, et finalement, depuis le temps, s’est marié avec elle et à déménagé à Ibaraki reprendre l’usine de son père.

Ensemble

L’amitié, c’est aller ensemble dans la même direction, comme pour un boulot payé moins que le smic, mais ensemble et avec un joli uniforme. 

Un mariage à la mairie. Deux papiers signés. Ni faux prêtre, ni wedding chappel à Omotesando, ni cortège de perruches en robes de mousseline saumon et paillettes sur les cheveux, ni gâteaux géants coupés pendant 4 minutes sous les flashs. Économie et bon goût certains.
Une réorientation professionnelle, mais encore des idées qui vont dans le sens de la créativité, et les yeux ouverts. Des discussions sur le fait que les mesures Abenomics sont en train de tuer les PME du Japon, c’est rare. « Les Français pensent être étouffés par les taxes ? Mais c’est presque la même fiscalité au Japon, sauf qu’ici, tout le monde ferme sa gueule ! »…Mamoru n’est pourtant pas un sale anarcho gauchiste de merde comme moi, loin de là.

constipation

L’amitié, c’est comme la constipation au travail, c’est aussi un choix.

Alors non, moi, je ne pense pas que le Japonais moyen n’a pas de conversation. Je pense que c’est lié aux individus, pas au pays. C’est sûr que le cadre d’existence joue : si tu es dans une optique de travail aliénant, mais que ça te satisfait parce que ça fait vivre ta famille, si tu ne penses pas que chercher autre chose soit digne d’intérêt, si lire un article sur « Les Chinois, ces sales bâtards qui veulent nous voler nos cailloux maritimes » au Doutor constitue ton instant culturel de la journée, si tous tes collègues sont des gens qui estiment qu’exprimer toute connaissance géographique, biologique, historique est une nuisance pour son entourage (j’en ai rencontré plein, des comme-ça), alors évidemment, ce n’est pas facile d’alimenter une conversation, ni même parler de choses qui t’intéressent toi-même.

spiderceriseOrangerFleursL’amitié, c’est les joies simples de la nature, la découverte des choses naturelles.

Assis dans un minuscule rade de Shimbashi, on parle de vigne…j’explique qu’avec le Phylloxera, presque tout était mort, en France, et qu’il a fallu greffer sur des plants américains…et bien entendu, je ne trouve pas le mot « greffer » dans ma tête. Tu sais dire « greffer » et « porte-greffe » en japonais, toi ? Bon, ta gueule.

Noix vide

L’amitié est parfois une coque de ramboutan vide.

La batterie de l’iPhone étant inévitablement morte à cet instant précis (loi de murphy-jobs, etc.), j’étais bien obligé d’expliquer avec mon vocabulaire de gamin de CP (non, pas Capitaine Picard, ni…bref) : tu prends une branche, tu incises la souche, tu insères, tu bandes…C’est comme ça qu’on fait des bébés vigne.

Et là, le vieux salaryman d’à côté, je veux dire, des 8cms d’à côté, puisque ce sont des tables communes, et qu’il y en a 6 dans un espace grand comme une chambre à coucher, le vieux prends la parole. Il porte une chemise bleu ciel, son garakei* est dans la poche de poitrine de cette dernière, mais il l’a sécurisé par un tour de cou aux couleurs de son entreprise, dont il porte l’écusson sur la veste accrochée derrière lui (il fait 36° c, mais il porte une veste…). Les cheveux sont courts, il boit du shochu avec du thé vert et de la limonade (c’est immonde), bref : il a tout du tocard moyen.

Et le gars, tout sourire fier (il peut), qui nous dit comment on dit « greffe », en japonais : 接ぎ木.

clim

L’amitié, c’est frais, ça ventile, et ça roule des joints.

Cet anonyme salaryman qui sait ça, qui sait comment on fait, qui s’intéresse à cette conversation au lieu de fumer des menthols à la chaine, qui s’excuse de s’immiscer dans la conversation, mais qui en connait un rayon…c’est ça qui est chouette.

Et la conversation continuera… sur le fait que Mamoru ne mange pas la tête des poissons parce que c’est amer, que moi oui, justement parce que c’est amer, que je veuille aller visiter Noto (et Ishikawa), que le vieux conseille Toyama, voire Fukui, qu’il vaudrait mieux y aller vite, parce que de grands projets touristiques sont lancés, et les prix autant que le littoral vont changer, que les crevettes de Toyama et celles de l’autre côté de la péninsule sont de variétés et de goûts différents, etc.

West side

L’amitié, c’est faire des trucs où que tu te comprends mais les autres ils comprennent pas toujours. T’as vu ?

Ce mec avait des choses à dire. Pas comme un vieux pilier de bar qui cherche l’amitié et veut t’en mettre plein la gueule (d’abord en mots, puis en poings, puisqu’on finit toujours sur un désaccord avec les alcooliques).
Plus que la nationalité, c’est la curiosité qui fait la différence. Ecrivez ça au tip-ex sur votre t-shirt avec un vieil Indien qui regarde la lune, sur son cheval, avec les loups derrière et un canyon dans lequel vole un aigle. Evidemment, il faudrait sortir plus pour trouver les gens différents, peut-être. Je n’en ai ni le temps, ni les moyens, ni même l’envie : j’aime ces rencontres, fruit du hasard. Et Mamoru en fait partie.

Au plaisir de se revoir !

Flamme

L’amitié est une flamme qui s’entretient. Un peu.

Phrase de vieux culs n°303 : »Et tu veux une médaille ? »

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Epluchures

En ce moment, ma vie est aussi passionnante qu’un épisode de Zodiaques (ou Coeur Caraïbes), donc vous comprendrez que je ne poste pas.
J’ai bien un ou deux gros articles indigestes en cours d’écriture, mais ça attendra. Voici donc des récits-miettes de ma platitude ordinaire, aussi intéressante qu’un boulard japonais : inévitable enchaînement présentation incommensurablement longue et molle, pipe sans entrain avec moults bruits de suçons gerbitifs, gadgets en plastiques et gémissement agaçants tout au plus, final écoeuré. Mosaïques partout, bandaison nulle part !

La violenceLes mini-motos

Personne ne fait la queueDu thé partout

À force d’articles, vous aurez compris que je passe une partie de mon temps libre à Shizuoka, dans la famille de ma compagne, et que j’en tire autant de joies que de frustrations.
Joie d’être à la campagne, au contact de la terre, des plantes autres que celles de mon balconnet… tailler les arbres, semer des légumes, faire des composts.

LopinCet hiver.

Born to be wildSalad man

Frustration et colère, de voir les fruits non ramassés, de trouver du plastique dans le compost, ou les buttes semées envahies de mauvaises herbes, craquelées comme le Niger, faute d’arrosage régulier. Cette fois, ça m’a vraiment mis à terre, dans tous les sens du terme :certains légumes étaient sortis de terre, d’autres pas, c’est la vie… Mais que les salades n’aient pas été touchées (il faut éclaircir les rangs après germination), ça m’a achevé.

« Ah, mais on ne savait pas ce qui est de l’ordre de la mauvaise herbe, on n’a jamais vu de fenouil de notre vie ».

Dont acte. Bien sûr, vous auriez pu regarder dans le manuel de jardinage japonais que je vous ai offert, à la page « fenouil », dont un post-it sort, avec le nom dessus. Vous auriez aussi pu constater que certaines plantes étaient différentes des autres mauvaises herbes communes à tout le jardin, et, comme tout le monde a un téléphone qui prend des photos, vous auriez pu m’en envoyer une, demander, tout simplement.
Vous auriez pu en avoir quelque chose à foutre, en somme, ce qui ne coule pas de source, j’y consens.

Le jardin

Le thé

J’ai bien compris qu’en ignorant mes salades, que vous connaissez pourtant bien, vous aviez d’autres priorités. Je ne peux que difficilement vous le reprocher : vous m’offrez un lopin, c’est mon envie d’y faire pousser des légumes dont vous n’avez pas besoin. Entre la charge des vieux et leur tyrannie horaire (« il est 18 h et le dîner n’est pas prêt ?!« ), le thé qui demande quand même de l’entretien, le reste du jardin, j’imagine que mes 4 buttes arrivent en dernière position, justifiée.

Reliques

Mais, pour autant qu’il y ait des raisons, ça m’a déprimé. Comme un coup de poing au ventre, que tu n’as pas senti venir. Aussi compréhensible que ce soit, ça entérine un sentiment triste pour moi : vous, parents de ma compagne, vous vivants, je n’habiterai pas avec vous. Pas parce que vous avez laissé sécher nos 2 fenouils et 3 panais, mais parce que dans mon échelle de valeurs, ne pas avoir la curiosité ou le respect de contacter votre fille, et laisser à l’abandon quelque chose qu’elle a passé 5h à préparer (binage, semis, paillage, etc.), ça ne va pas le faire.

Les voisins

Ça ne m’attriste pas tant pour le soufflet mental infligé (« J’me croyais important et pis finalement non ! Bouh bouh… »), le temps perdu, ma daurade au four sur lit de fenouil qui s’envole que le fait que ma compagne ait compris que je n’arriverai jamais à vivre avec eux. Ou plutôt, que je n’en avais aucune intention. Sans rancune, ou presque.

BBQ 1BBQ 2

Sinon, ça s’est bien passé.

Après le passage « jette ta pelle par terre, roule au sol et jette des mottes de terre en l’air en hurlant AHHAHAAAAAAAA ! », j’ai décidé que si les graines étaient sorties, c’était mon travail de leur donner une chance, puisque j’avais commencé le processus. On verra ce qui aura survécu la prochaine fois, mais j’éviterai d’y fonder trop d’espoirs.

Alors que je désherbais et séparais les plants, Takeshi est arrivé, le poignet alourdi de sa Panerai, col de polo relevé, lunettes de soleil de mouche à merde de marque. Ça commençait mal, mais finalement, il était sympa, comme la suite le prouvera (= Il a payé pour tout).

Jour de pluie = Tarte au citron...

Jour de pluie = Tarte au citron…

15 minutes plus tard.

15 minutes plus tard.

La vieille grange qui va être démolie (cf. mon autre article de pleureuse, ici) est pleine de vieux outils, vieux meubles, portes coulissantes, coffres, chaînes, plots. Takeshi, dont les parents possèdent une résidence secondaire de l’ancien temps, était venu voir ce qui pourrait l’intéresser pour équiper cette vieille ferme. Voici le genre de choses qui traînent sous les poutres. S’il y a quelque chose qui vous intéresse aussi, vous me ferez le plaisir de vous manifester avant fin juin.

Gros Bidon

Détail bidon 2Détail bidon 3

Ces bidons en étain de l’ère Showa servaient à entreposer le riz.

Une autre époqueMachine

Machines pour le thé.

ParoisPorte

Puis vint la cuite. Monumentale. Rare. Précieuse. Durable. Trop.

Shizuoka 1

Shizuoka 2Et de une

Takeshi nous emmène à Shizuoka-ville. Sympathique bourgade… c’est agréable, pas prétentieux. Il habite à 4 minutes à pieds du travail, ce qui me fait carrément rêver, alors que je perds un temps et un argent de fou dans les transports tokyoïtes.

Le blanc
Vinos Yamazaki est une entreprise locale, un importateur de pinard surcôté qui possède des branches dans les grandes villes du pays. On va vers la maison mère, 2 entrées presque côtes à côtes : l’une, le magasin, propose une sélection de 10 bouteilles du moment, qu’on retrouve dans le bar d’à côté, qui fait aussi magasin de fromage. 40 minutes, 2 bouteilles, une pizza (pâte « foutage de gueule » : surgelée, plate, grasse), un assortiment de fromages, 9000yens. De bons produits, surtaxés comme il se doit, descendus trop vite. Déjà fatigués, on file vers une gargote où les sièges ont été réservés : monsieur a ses habitudes.

Sakura, sakura, sakuraaaa... PUTAIN MAIS TA GUEULE !

Sakura, sakura, sakuraaaa… PUTAIN MAIS TA GUEULE !

Les nihonshus se succèdent, tous excellents, et s’il boit du thé oolong coupé à l’alcool de patate lui-même, Takeshi n’oublie pas de nous resservir, surtout moi qui bois si vite pour faire passer la bouffe que je n’apprécie pas plus que ça (« Du poulet cru ? j’en RÊ-VAIS ! »).

Jolie étiquette

VertBlanc

ReblancOups

Se lever, aller aux toilettes, remarquer qu’on ne tient plus qu’à peine debout. Partir vers un autre bar. L’odeur d’alcool déclenche le réflexe de défense du corps, qui reconnait l’empoisonnement et ouvre les sorties de secours. Un coup en bas, un coup en haut. Et de deux. Et de trois, etc. J’enchaîne le reste de la soirée entre promenades jusqu’au konbini (120 mètres, 8 minutes) pour acheter de l’ukon (plâtres buvables à base de curcuma) aussitôt vomi, des cigarettes que je n’arrive pas à fumer autrement qu’assis dans la rue, en pensant à Jud, pour le coup (des peace, forcément), avant que notre hôte ne me tape la discute pour s’assurer que je reste de ce monde. Vieille honte, sentiment inhabituel d’avoir perdu le contrôle, très justifié, anodin dans ce pays spécialisé dans l’ébriété publique à 21:35. Muuuuurge Exprèèèèèèèssss !!! Les drames de la vieillesse.

Volaille crueTerminus

Après avoir couru prendre le dernier train, on se réveille au terminal, trois stations après la nôtre, ce qui en langage rural fait 25 kilomètres. Appeler la petite sœur, la réveiller, dormir sur un banc, la voir arriver en pyjama, s’excuser. C’est pas la gloire.

Le reste de la Golden Week est donc plus détendu, parce que je suis à deux de tension.

Dimanche, une amie nous rejoint et je lui caresse nonchalamment les fesses pendant qu’elle lit un livre sur « les jambons du monde entier » (éditions Atlas, 2007), sur quoi elle décide de mettre sa tête sur mes genoux et de jouer avec mon frein, parce que tout ça va décidément trop vite. C’est ce que dit mon cortex, alors que je me réveille transpirant l’alcool sur le tapis du salon.

Le pont de trop loin merde

À Shimada, il y a un pont. Il y a tant de sortes de ponts… certains, forts bien suspendus, câbles bandés grincent quand on s’y accroche, d’autres, durs et enflés en leur centre, pour faciliter la circulation, des petits, richement décorés de veines art nouveau, à la tête enflée et brillante, sur laquelle le visiteur pose une main experte pour en apprécier la courbe et le poli, des ponts courts dont on ne fait qu’une bouchée, ceux qui s’enjambent avec respect et appréhension, des ponts qui branlent au-dessus du vide, des ponts qu’on agrippe avec vigueur, pour ne les lâcher que quand, soulagé, vous avez atteint la berge du ravin, des ponts percés, qu’on traverse pourtant, espérant que ça tienne, comme le Prince Albert ou une moule accrochée au rocher.

Shimada, c’est le style long et fin. On le traverse à pied, nus de préférence. Le plaisir d’avoir la plante posée sur les poutres de bois poli par les passages est formidable.

PoutreBois

LitChiottes

De l’autre côté, c’est la promenade digestive qui s’annonce, entre les fleurs, les frelons géants, les arbres, les ridicules statues de tanuki, histoire de ruiner un peu la beauté de la forêt.

Le pont de la forêt Kowaï

FleurAraignée

LisièreCabanne

Thé VERTSoleil

On débouche sur les champs de théiers, serrés, désormais taillés rectangulaires. Dommage, les formes rondes de jadis, d’avant les machines, c’est tellement joli.
Partout des ventilateurs, qu’on utilisera pour chasser l’humidité pendant la saison chaude. Shizuoka, un des plus gros consommateurs d’électricité du Japon.

Les collines tranquilles

Lundi de pluie, lundi dedans, couché sur le tapis… putain de pays où on vit par terre : on voit bien que vous ne faites pas 1,80 m, hein ? Moi couché dans le salon, avec mes 90 kilos, c’est la sardine qui bouche le vieux port, fatche de cong.
Au final, 4 jours au vert, dont 2 à décuver ou presque. Comment ruiner son peu de temps libre ? L’alcool, toujours une bonne solution.

Les dimanches à la campagne...

Phrase de vieux culs n°310 : « Si c’est un port, y’a forcément des putes »

Mots-clés

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La rue

Kobe, l’occasion de revoir Sayaka, une ancienne élève, qui arrive en grosse BMW.

« C’est celle de mon mari », ah bon ? Manger une pâtisserie ensemble, prendre un café sur le port. On se croirait à Yokohama, les fleurs en plus. Vent à décorner les boeufs, normal pour Kobe. Centre commercial. Ennui, vaincu grâce à la charmante compagnie.

Le quaiL'autre quaiTempleGrilleMoxOban

Le quartier de Sannomiya, à côté d’une des 4 gares appelées Sannomiya (très pratique, t’as vu ?), c’est plein de ruelles sympa (pleines de gargotes, donc), de putes sympa (qui répondent au sourire, donc), de lumières sympa (je dis ça pour le style). On y mangera le fameux steak de boeuf, ruiné un coup par du ponzu, un coup par de l’ail frit, pour un prix abject, dans une ambiance surannée. Deux semaines plus tard, à Shizuoka, j’achetais un filet de boeuf local pour un dixième du prix et qui mettait complètement à l’amende la barbaque sus-citée. Mais à Rome, fait comme les Romanichels, alors bon…

Le maintenantL'avantL'escalierLes matchsLa presseLe goulotLes bacsLes cuvesL'ustensile La nuit

Autrement plus valable, le tour des brasseries de saké. Déguster une dizaine d’échantillons dans l’après-midi, finir pété comme un coing et allégé de 12.000yens, expédiés chez toi sous 48 heures. Voir les fûts, entendre la fermentation, sentir les effluves. La volonté de conserver les vieux bâtiments, de monter un petit musée avec les anciens outils, de présenter ça au visiteur, même en anglais : très appréciable, très apprécié. Je recommande totalement.

UnDeux Trois

Un article à la Clarence, avec dix fois plus de photos sur-filtrées qu’autre chose.

ClasseGrosse fatigue

Également recommandé, Arima-Onsen. Une heure de train, et te voilà dans l’eau trouble et chaude, assis sur des pierres, avec un homme qui s’approche de toi en disant « Hot, isn’t it ? » avant de s’assoir presque sur ta cuisse. Je lui réponds en japonais, mais monsieur est de Sydney, résident à Singapour, d’origine chinoise, à priori. « Je viens ici chaque année, avec ma femme et mes enfants » était une phrase super-convaincante jusqu’à ce que tu poses ta main sur mon genou. Pourquoi, mon dieu païen, pourquoi, quand tu es dans une marre d’eau brune de 12m2, avec 4 autres éléphants à trompe courte, pourquoi dois-tu me toucher la jambe ? C’est pas déjà assez glauque ? Ça tombe bien, c’est l’heure de partir.

Une planche

L’akashiyaki est officiellement une sorte de takoyaki locale, mais honnêtement, ça tient plus de l’omelette trempée dans l’eau chaude. Certes, c’est une boule, mais sache qu’elle est composée essentiellement d’oeufs. On la reçoit avec ses 11 ou 23 congénères, posée sur une planche bancale, et on la trempe dans un simple bouillon de bonite et ciboulette.

Une pour papaUne pour mamanThe silky toucheThe mirroir dégueuShowaL'échope

C’est bon, mais après 2h de route pour aller à Akashi dans les bouchons, j’avais plus trop envie de me taper 3 échoppes pour manger des oeufs sans girolles, en fait. Cela dit, c’est une bonne occasion de voir des vieilles travailler dans des boutiques qui n’ont pas changé depuis 40 ans.

Akashi

Galerie

Carrelage

Comme le reste d’Akashi, en fait : galerie marchande demi-morte, vendeur qui insiste pour que tu doigtes le poulpe parce qu’il est encore vivant (Monsieur, je…je préfère les mortes, voyez-vous ?), décors de l’ère Showa… Quel étranger est assez blasé pour ne pas kiffer ça ?

CoinCarotteWhamsMagasin

Adieu

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