« Vous avez tout faux, c’était une maison, plus communément appelée case africaine. »

…Meeeeerde !

Je voulais poster un truc sur une sortie à Yokohama qui date un peu, et je m’aperçois que je peux pas en parler sans un post préliminaire qui me tient à cœur depuis quelque temps.
Je suis fasciné par les structures des villes, leur développement, leur croissance, leur destruction, adaptation, organisation.

まち ・ machi ・ville

Ce sujet, je le nourris d’une passion discrète depuis mes études, mais au contact quotidien de la métapole japonaise, ça ressort et me fait vibrer. Ici, l’extension du tissu bâti prend des proportions fabuleuses, incernables dans la globalité, et pourtant…

On ne se sent pas tellement perdu dans l’urbanisme local, je trouve. La ville tentaculaire est appréhendable, parce que chaque ville dans la ville s’organise suivant un modèle assez simple : la vie active se construit autour de la gare et du chemin de fer, pour ce qui est de la ville récente, donc 90% du bâti, le Japon démolissant et reconstruisant à une vitesse démentielle (pire que la Suisse alémanique, c’est dire).

Immeuble_IidabashiTemeike_sanno_1

Bien sur dans, le cas de la métropole, on se trouve face à un centre organisé autour de multiples CBD, en adéquation avec la taille du bestiau.

Au final, la moitié des villes internes à l’agglomération se situant sur un axe ferroviaire vont développer ce genre de structure, avec un centre d’immeuble d’affaires plus ou moins ambitieux, de galeries marchandes et salles de patchinko, les villes se spécialisant dans tel ou telle branche (mode, loisirs, business…). S’éloigner de la gare permet de rentrer dans une autre sphère sociale, ou résistent les petites pâtisseries traditionnelles, où le légumier du coin fait ses légumes marinés et où visiblement, les gens se connaissent.

中 心 街

ちゅうしんがい ・ chuushingai ・centre ville

近 郊

きんこう ・ kinkou ・périphérie , proche banlieue

Sur son excellent blog orienté architecture, Frédéric Gautron parle d’une série de projets imaginant la réorganisation de la ville dans les années futures, et un projet illustre ma perception mentale de l’urbanité tokyoïte.

Projet : Tokyo 2050 Fibercity

(Les 2 images de projections urbaines illustrant le début du post en proviennent) *

Je me permets de le citer concernant un des projets présentés, je ne peux pas l’écrire mieux :

La première stratégie, nommée Green Finger, consiste à convertir les zones situées à plus de 800m des stations de trains en zones vertes (parcs, campus d’école ou d’université, fermes ou espaces agricoles, …). L’image ci-dessus en donne une représentation, des bandes urbaines le long des lignes ferroviaires, réseau très développé à Tokyo.
Avec le vieillissement et la décroissance de la population, il est estimé que cette population urbaine cherchera à se rapprocher des stations de trains, centres nerveux d’activité de la ville et de ses banlieues. Les zones éloignées des stations seront, petit à petit et de manière naturelle, abandonnées et pourront être reconverties en zone verte.

J’ai l’impression que cette perception de l’espace orienté autour du train est déjà présente dans les têtes.
Un soir, je me retrouve un peu au sud de Chofu à 23h30, alors que le dernier train part à 23h55 …Les villes de Chofu et Mitaka, où j’habite, sont voisines. On s’y rend en bus assez facilement, même sans le vouloir (ce qui m’est arrivé quand je cherchais la mairie, mais passons).
Je dis donc que c’est pas grave, je peux rentrer à pied. C’est quoi ? 1h à tout casser ? 5 kilomètres maximum si les échelles sont justes.
Et la réponse arrive, claire, nette : non, tu ne PEUX pas, pas seulement parce que c’est trop long (marcher comme ça pour un jeune nippon c’est la mort, on dirait), mais surtout parce que tu…ne peux pas.
Ah…

Ça ne marche pas. Elle n’a jamais pensé que c’est possible. Qu’au lieu de faire un détour d’une demi-heure en train, couper tout droit marche aussi. Mais les barrières sont dans la tête, la pensée des obstacles trop présente.
Tokyo est prête pour cette structure.

Batiment noir_1.JPG

La maison japonaise actuelle est facile à déconstruire.

C’est décevant pour mes yeux occidentaux, habitués aux lourds immeubles bourgeois, aux mas provençaux et autres bâtiments solidement ancrés dans le temps.

いえ ・ ie ・maison , foyer

Ils construisent 2 maisons dans le voisinage, et…les maisons phœnix, c’est les châteaux de la Loire à côté.

L’une s’achève, et sent déjà le vieux : pauvres murs de (faux?) petits carrelages, genre gerflor de dessus de baignoire gris pâle moucheté, formes absconses à coup de surplombs de 45 centimètres, ergonomie étonnante mais tellement classique ici, au fond.

L’autre, j’en ai vu les fondations, et maintenant que le bois de la structure est posé, viennent les fenêtres.
C’est là que ça m’échappe; ils gardent la structure traditionnelle en bois, mais foutent des matériaux de merde pour la finition ? Placo, alu de base, plastiques qu’on imagine déjà dégueu de moucherons écrasés, métal peint prêt a rouiller à grandes écailles…
Isolation zéro (ni sonore ni thermique) mais clims omniprésentes, sensation hélas souvent effective de travail bâclé pour finir dans les temps, le budget, etc. Des maisons de 15 ans qui semblent en avoir 50, genre cahute de pionnier brésilien abandonné par lassitude.

建 築 家

けんちくか ・ kenchikuka ・ architecte

Maison Brute IidabashiHeureusement qu’une branche de la population est plus exigeante, plus ambitieuse, plus fortunée sûrement, et que les maisons ambitieuses existent dans des proportions insoupçonnées (je vous renvoie une fois de plus sur le superbe site de F.Gautron pour ça)…

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