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Sebastein Tellier II rs

Malgré une photo très « Action Directe » et un titre à mi-chemin entre le film de Kurosawa et un bouquin new-age à la con, c’est un essai bien académique en 3 parties, mais sans annonce du plan (-2 )


Il y a beaucoup de choses bizarres dans le fait de bloguer
et de lire les autres blogs. Des interrogations sur le pourquoi mais aussi le comment: Pourquoi écrire, pour qui, de quoi ?

1 – Depuis que je suis ici –soit environ 1 an et un mois-, j’ai eu l’occasion de passer quelques entretiens d’embauche, pour…manger survivre, rassurer ma copine et faire comme les autres. Pas beaucoup, en tout cas, d’où un certain nombre de soucis.

取り乱す

とりみだす ・ torimidasu ・s’affoler , paniquer

Il y a quelques mois, je paniquais : pas possible d’obtenir le visa escompté (par mon resto, le dossier ne passant pas faute d’expérience), donc peu de solutions pour rester au Japon :
Devenir clandestin (a.k.a. bosser beaucoup pour un siège éjectable et aucun avenir…ou comme le disait Akhenathon avant qu’il ne décide de transformer sa bouche en usine à vacuités rentre-pognon :

« J’évoque une existence pathétique
Dix balles en poches par mois, dis-moi, c’est ridicule
Tout comme tafer comme un clebs pour un bosse qui t’encule »

Devenir étudiant (a.k.a bosser que dalle et augmenter mon japonais… en dormant sous les ponts.
– Devenir marié (a.k.a. bosser comme un con pour payer un Vui-thon à ta femme qui te tient par les couilles…)
Devenir autre chose : trouver dare-dare un travail visatifiant (la classe, ce néologisme!)

Ciel gris

Chiaki refusant de se marier (c’est rare : c’est censé être le rêve de toute femme de ce pays), l’argent faisant défaut pour le reste, j’ai passé quelques nuits blanches, eu quelques sueurs froides et harcelé le Tout-Tokyo des écoles de langues et importateurs de vin, deux créneaux qui me semblaient susceptibles de marcher.

 » – Et les boîtes de consulting ? »
[me demande Philippe que je remercie en passant.]
– J’ai essayé East West jadis, c’était…bizarre…
– Ah mais c’est les pires, c’est bien connu !
– Comment ça, « connu » ? »

Après quoi, j’ai rencontré James, qui travaille dans le domaine et qui me l’a dit encore. Ah, c’est connu ? Mais de qui ?


Entre temps, j’ai touché la terre promise, Dieu me tripota dans mon sommeil (comme le révérend père du collège Jésuite le fit pour mon père, maudite Belgique ! ) et Manu m’appela, après quoi ce fut Michel, et j’ai donc le visa ET le travail pour l’instant…je croise jusqu’aux doigts de pieds en mageant du pain azyme tous les jours pour les garder (les job et visa, mais aussi les orteils) et croise même les cheveux pour l’appart que je cherche encore.
Je dors à nouveau après mes journées de servile esclave de l’économie locale et si jamais je ne dormais pas, c’est à cause de cette fichue saison 4 de ReGenesis et pas parce que je me tape du mailing de CV trilingue toute la nuit.

御目出度

おめでとう ・ omedetou ・félicitation , bravo

Oui, omedeto. Merci !
Mais la question qui me retravaille, du coup, c’est l’autocensure.

vivredanslapeur2 – Les blogs des francophones parlent peu de leur travail, ce qui concentre pourtant une majeure partie de commentaires naïfs des aspirants à l’exil nippon dont je fus aussi. Manque d’intérêt de l’auteur pour le sujet ? Envie de ne pas dévoiler sa vie privée et de se concentrer sur l’essentiel (comme le vélo et les parapluies, 2 dangers publics locaux nécessitant sûrement des articles de 800 mots) ?
C’est pas la chine : en chine, t’es tranquille parce que victime. Ici, tu choisis de t’autocensurer.

Histoire de taper sur un truc facile, un exemple : après l’entretien d’East West, j’avais envie de poster sur cette expérience. Je ne savais pas quoi en penser, mais pas grand-chose en fait…sauf un certain sentiment de pantalonnade. Je ne poste alors pas parce que…j’ai peur.
Peur de quoi ? De ne pas avoir le travail, d’être cataloguer « connard que vous devez éviter d’embaucher » : alors que personne ne lit ce blog, on imagine toujours un mec de l’entreprise en train de googlizer votre nom. Et d’ailleurs, j’ai souvent mon nom dans les sujets de recherches des statistiques du blog. Qui donc, alors ?

Au début, je réfléchis pas, j’attends la réponse. Je relance. Rien.
L’envie d’écrire s’estompe, on passe à autre chose.
Maintenant, je repense à l’entretien, chépluqui me dit qu’ils ont un gros turnover…Avec le recul, je pense que si on pouvait lire quelque chose là-dessus quelque part avant d’aller voir des gens faire du speed dating d’entreprise et vous réciter le contenu du site web en 12 minutes, ça serait déjà pas mal…

Savoir qu’un Français va vous faire un exposé en anglais pour vous évaluer sans vous en laisser placer une est intéressant aussi.

Ah mais j’ai compris : c’est ça la compétition : impose ta parole, crève lui les yeux, grimpe au sommet brandissant son oesophage arraché d’une main vers le ciel rempli de néons de cabinet de consulting et de lumières tamisées d’izakaya pré-gerbi de station de métro (attention aux Weston, n’est pas Roland Dumas qui veut).
Mais c’est pas très passionnant ni spécial, au fond.
Children of israelCe qui m’inquiète plus, c’est que je n’ose toujours pas parler des autres recrutements : Dans un élan de paranoïa de type sémito-schizostalinien, j’ai les angoisses virulentes, je m’imagine déjà mouton noir, qui balance et ne trouvera donc plus de travail « sérieux », ferra donc des baitos jusqu’à épuisement, après quoi sa copine le larguera par qu’il ne pourra jamais payer le Gucci quand même et qu’en plus ils ne se verront plus, elle qui justement se fait tourner autour par le cadre sup de sa boîte, qu’elle épousera pour sa carte bleue et qu’il ne touchera plus après qu’a la suite d’un viol a peut prêt consenti, elle tombât enceinte, après quoi elle sera une mère et il rentrera avec le dernier train en transpirant le shochu et le nichon de collégienne qui rit même à ses blagues les plus pourries – à 20,000¥ de l’heure, tu me diras, manquerait plus qu’elle ne le fasse pas…Parce que je vais te dire, les femmes, c’est…blabla…

Science occulteEt moi, dans mon coin, après avoir été licencié aussi de mon travail de nettoyage des rampes d’escalier roulant du métro toute la nuit, je ferais du Tai-chi avec les vieux dans le parc le matin, jusqu’à ce qu’on me fasse comprendre que ma petite maison en carton dans le parc a pris feu, après quoi je dormirais dans le toboggan- poulpe en béton dans lequel je vomirai mon saké en tétrabrick et ferais peur aux enfants en exhibant mes parties intimes.

Mais je suis plutôt optimiste, en fait.

We have no holiday mother fuckersfalling_down

3 -Ormeta sur les écoles de langue : Le working holiday est un kleenex, une marchandise jetable…Tous pleurent sur la situation d’il y a dix ans, à croire que personne n’a fait ni histoire ni sociologie, j’ose pas dire philosophie et j’en suis à me demander si certains ont fait des études tout court, à rabâcher comme ça sur la notion d’âge d’or ou les français étaient peu nombreux et les écoles aussi, du coup. De toute façon, ils étaient dans les premiers. Ha !

自慢

じまん ・ jiman・orgueil , vantardise

« Mon école c’est la meilleure, c’est pas l’usine, ici on est exigeants, qualifiés… »Quand s’arrête la fatuité ? Toujours pas de nom, mais juste les boules…

Je ne fais plus de visa de travail. Les Working Holiday arrivent chaque année, alors je sponsorise les indispensables, et encore…[…]

N’importe quelle femme d’expat’ donne des cours, à domicile ou dans les centres bénévoles, elles sont désœuvrées et elles ont envie d’argent de poche, de faire des contacts, on les comprend, mais…ça nous casse la clientèle, c’est fini l’époque où…[…]

Nous, on donne les meilleurs cours possible […]Comment ça, qu’est-ce que vous entendez par « suivi des élèves » ? […] Le système est simple: y’a des élèves, vous travaillez, et sinon…ben…ça marche comme ça : je vous appelle mardi et on fixe vos horaires du mercredi. Puis, mercredi soir, ceux de jeudi, etc. Je réorganise la grille chaque jour ».

C’est juste un aperçu des choses qu’on peut entendre.
C’est un microcosme et je pense que je ne me fais pas de film sur leur connections : tous se renseignent pour savoir qui vous a fait le visa, combien vous travaillez chez eux, quel livre/méthode, combien d’élèves…parfois c’est gentil et parfois ça pue le nid de vipères, le rotary club des langues de putes, clinquant, cliché, nourri au « on est au top » mais « c’est la crise, nous n’embauchons pas en ce moment ».
Certes.

shibubuCouloir de la mort

Au final, pourquoi en parler si c’est pour ne citer personne ?
Si, je vais citer, dans un article suivant, ceux qui m’ont paru différents, et pour qui je travaille en grande partie.
En attendant, c’est vrai, silence sur ceux qui s’enfoncent déjà très bien tous seuls, sur ceux qui n’ont pas besoin de se faire de la pub sur mon dos si parmi les 100 lecteurs (plus ou moins) de ce blog, il s’en trouvait un qui veut faire un procès pour diffamation (ça existe au japon, ça ?).

Et toujours la peur de se griller auprès de toutes les écoles, qui aussi antagonistes qu’elles soient, se retrouvent souvent par des connexions indirectes et dans un mélange de mentalités japonaises (tu acceptes ou tu peux rentrer dans ton pays da ne ?) et expatriées (crache dans la soupe mais pas la mienne, parce que j’ai des amis pour te griller, tu sais ?).

À suivre.

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