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Les vernissages, c'est le mal

Quand on découvre le cinéma japonais, on passe souvent par des phases d’accessibilité.

N’étant absolument pas qualifié pour en parler, pas plus que je n’ai de courage pour éplucher SanchoDoesAsia ou Eiga-A-Gogo (ce que je vous conseillerais pourtant de faire), je vais rester superficiel et subjectif comme d’habitude. C’est du web 2.0, tendance Kim-Jong-Il : t’as cru à une république et finalement tu meurs de faim intellectuellement sans n’avoir aucun mot à dire.

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On peut avoir une première approche du cinéma très classique, celle des maîtres morts.

C’est notamment celle des Nippons que je fréquente (hormis Mamoru) qui considèrent que depuis Kurosawa et Mizoguchi, y’a rien de valable. Sans doute parce qu’ils imaginent que depuis Godart, Demy et Truffaut, aucune pellicule burnée n’est sortie de France. Delon est encore au top de la chaine alimentaire, et Bardot pas devenue une harpie raciste.

Ah, Trintignant, Deauville, soupire le cinquantenaire avec ses patchs cousus sur le coude de la veste. Mais pas seulement : mes élèves dans la trentaine disent la même chose. Et louent toutes les merdes possibles, d’action et US de préférence, à Tsutaya bien sûr. Alors le cinéma japonais contemporain, pensez… Ça ne vaut pas Prison Break.

Donc, voilà la base :

Gaijin-cinéphile J’aime bien le cinéma
Nippon-à-patchs
Moi aussi ! Ah, Godart, Delon, les parapluies de shereboucch…
GC
Hein ? Ah, Cherbourg ? C’est sympa, mais c’est tout jeune, hein ? En fait…
NP [n’écoute pas] – ...Le justicier, John-Pol Berumondo…

[il fredonne un Michel Legrand encore plus incompréhensible que l’original]

GC – En fait, j’aime beaucoup le cinéma japonais.
NP – Ah ? [genre « putain mais pourquoi ?! »]…euh…Kurosawa ? Ozu ?
GC – [soudain usé] – Oui oui, les classiques aussi. Naruse, Ichikawa, etc.
NP – Ah, c’était bien. C’est fini, cette époque
GC – Vous pensez ? Il y a de très bons films qui sont sortis ces dernières années, par exemple [insérez une liste comportant n’importe quel film valable pondu depuis 1998].

[S’ensuit une grosse crampe, vu qu’il n’en connaît quasiment aucun alors qu’il disait aimer le cinéma] Ah ? Eh ? Dare ? Kobaya-qui ?

NP – Vous êtes un otaku du cinéma japonais [=vous êtes devenu méprisable à ses yeux]
GC – Non, mais j’aime bien, quoi…surtout l’esthétique du cinéma Roman-Porno de la Nikkatsu dans les late 70’s, tout ça.
NP – Eeeeeeeeeeeh ? [=WTF ?!?]

À partir de la conversation précédente, rédigez un paragraphe argumenté dans lequel vous expliciterez les sentiments que les Nippons nourrissent envers leurs productions cinématographiques (3 pts). Quelle est l’image de la nôtre ? (2pts)

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Je ne sais plus d’où c’est parti pour moi, mais j’ai vu mon premier Kurosawa très tard.

Je pense que les films prouts-prouto-minimalistes qu’encensait Télérama m’ont marqués les premiers, j’ai surement dû me forcer à les aimer pour correspondre à l’image que je voulais avoir de moi-même. Pour les Kitano, aimablement critiqués également, c’était moins difficile, j’imagine.

Puis vint la découverte du net, Calorifix, des rencontres, des échanges, des films d’exploitation sans autre but que le sexe et la violence, des sauvageries orchestrées comme du Wagner, des comédies souvent décevantes, des films d’époques épiques et des navets prétentieux. On sous-titre, on collectionne, on se vante d’avoir le truc le plus rare, le plus con, le plus gore, on rencontre, on échange, on se passionne, on bluffe.

Et soudain, on est devenu prétentieux et chiant, rabat-joie et possessif. J’ai découvert ce film avant toi, je pense que c’est très surfait, voui !

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Après le déménagement au Japon, j’ai pris un peu de recul par rapport à ce que je regardais, en particulier question animation. Ce qui me semblait super original a commencé à sembler moins exotique.

Le simple fait d’être asiatique ne suffit plus pour rendre une oeuvre intéressante, pour la simple raison que c’est la réalité qui t’entoure et qu’elle n’est pas vraiment d’une excitation folle. Le brio de l’écriture et de la réalisation change tout, mais…

Exemple musical.

Il y a un mois, Kinoko-chan (un surnom, Imai de son vrai nom de famille du Pon-ja) exposait ses œuvres dans une petite galerie de Shibuya.

Il s’agissait d’installations en coton, balsa, laine, papier crépon et autres matériaux horribles que tu n’as plus daigné toucher depuis le CP. Le reste de l’expo était du même gabarit : trucs en tricot traumatisants, assemblages de photos de vacances sans intérêt aucun, dessins préscolaires à grande échelle, point de croix couleur pastel, trucs en ouate et brindilles, les paillettes en plus, bref, toute cette merde d’art plastique estudiantin qui se la pète sans réfléchir à un enjeu quelconque pour leurs productions, d’une vacuité à fendre les pierres.

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C’est finalement comme pour le cinéma: tu peux être enthousiasmé par les conneries visuelles de la jeunesse nippone quand tu es en Europe et que ça semble débordant de créativité régressive-mais-adulte dans l’approche des…je ne sais pas, en fait.

Mais ici, ça me semble facile et creux, parce que tout le monde fait la même chose et que l’environnement t’inspire facilement ce genre de débilités en laine, dentelles et cure-dents, sans fond ni exégèse possible.

Comme un certain cinéma, qui me semble désormais tellement affligeant de banalité qu’il correspond à une politique du moindre effort tout juste destiné à essayer de niquer les bobos à Cannes, Berlin ou Venise.

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Le clou de la soirée ne sera pas le mousseux italien, mais le chanteur-en-chemise-à-carreaux, d’abord seul avec sa guitare puis accompagné d’un autre truc humanoïde produisant lui aussi des sons avec sa voix, communément appelé « chanteur de j-pop », une horreur produite à la chaine et dont je vous mets au défi de retenir une mélodie.

Attention, l’écoute prolongée déclenche des crises de diabète.

Vernissage Yusuke sniperTablee de l'ennui

Après quoi, Yusuke remarquait qu’on lui avait carotté son iPod touch dans la veste (comme quoi les artistes, c’est tous des voleurs), Mamoru continuait sa résurrection de tombeur en tentant d’emballer 2 filles en même temps et on filait manger un truc quelque part, suite trop banale pour être raconté.