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– Ouais, c’est important la santé.
– Grave.
– Carrément.
– Trop.
– …
– Sinon, ça va ?

Osechi_tout simplement

Osechi et les traditions de la période mériteraient plus de développements.

[NDLR : pour cause de révisions d’examens, je m’empêchais de bloguer…mais j’ai une insomnie.  Désolé de poster en décalage chronologique]

La pire des choses consisterait à ce sujet à recycler un article passé, mais jamais publié. C’est exactement ce que nous allons faire (je dis « nous » parce que ce c’est la semaine de la Sarkozie : je suis sur tous les fronts, de tous les combats).

En 2009, en rentrant de la montagne (qui vous gagne, on sait...je suis une vraie éponge suceuse a slogans navrants, un bébé éprouvette de Jacques Séguela, c’est horrible), nous étions allés au temple à Kichijoji…Ne me demandez pas pourquoi, mais ça tombait bien, je l’aime bien ce petit-là.

Osechi_kamaboko2

Monumentale erreur !


« Il faut aller près de chez soi, sinon ça ne marche pas ».

Qu’est-ce qui est censé marcher, déjà ? Je me demande parfois ce que les autres se disent mentalement quand ils prient, mais j’entends, dans un moment d’orgueil caractérisé, pouvoir imaginer assez facilement de quoi il s’agit;

La culture japonaise étant organisée sur le principe du « Donne-moi! Donne-moi ! », ça ne doit pas être bien différent d’une lettre au père Noël rédigé par un adulte un peu limite.

Osechi_Kazunoko2

En gros, on doit pouvoir sortir des schémas directeurs :
Au choix, cher Jésus-sama, donne-moi :

  • Un sac Vuitton, édition limitée.
  • 2 sacs Vuittons, éditions normales
  • Un sac Coach, Chanel, Marie-Claire, etc.
  • Plein d’argent.
  • Un copain, un mari pour qu’il me DONNE de l’amour (peut-être…au moins l’apparence, s.v.p.) / tout son salaire / un sac Vuitton (juste un ?),
  • la santé pour moi,
  • la guérison de mémé qui nous casse les roustons à se trainer comme un Bernard Hermite du canapé à la cuisine sous prétexte de rhumatismes (*)

ou au moins un fauteuil de massage qui me secouera comme un spasmophile sous tranxen, tandis que je pousserais des petits cris censés signifier le plaisir d’être détendu de la vertèbre (imaginez un jeune homo se faisant défoncer en rêve par Francois Sagat et gémissant en conséquence dans son sommeil)

  • Un enfant (mais pas deux, c’est cher. Et pas une fille, c’est encore plus cher…à cause de vuitons à venir).
  • La réussite des examens, le permis, une Lexus.
  • Un petit chien avec une doudoune rose pâle.

Etc.
*: tenez-vous-le pour dit, c’est international : dans les pays développés, les vieux sont des merdes qui encombrent et mettent les jeunes mal-à-l’aise. Exprès ! J’ironise, mais le dernier point n’est pas forcement toujours faux.

Osechi_Oputain2

Ce ne sont que des exemples, bien sûr, et si vous croyez y déceler une certaine hostilité généralisante contre les tartes truffes bécasses la gente féminine (et sa mâchoire 19 pouces) ou un certain bagagiste de luxe national, vous vous fourrez le doigt dans l’œil jusqu’au coude (et son muscle électrisant, également appelle «  petit juif » en Suisse, et pas seulement par les banquiers.).
Je suis un féministe convaincu, mais j’ai une sacro-sainte horreur de la vénalité. Et ici…ben voyons…

Osechi_riz noir

Je pense vraiment, et plus généralement que la société marche sur la base du désir d’être assisté, de retourner à l’état d’enfant ou tout t’est fourni par un cocon familial sur protecteur (je ne parle pas des délires façons une du « Petit Détective », « Abandonné dans un carton d’emballage, il vit nu dans ses excréments se nourrissant de trognons de chou pendant 12 ans (PROFIT) »)…

Osechi_Ebichili2

L’idée est de ne rien foutre qui ne soit pour soi-même, voire même pas ça. Politique du moindre effort + nostalgie d’une enfance où le travail, but ultime de l’âge adulte, n’existe pas encore, peur d’être seul, sans référent supérieur, tuteur ou garant (une constante, pour trouver un appart, un travail ou autre chose), peur de tout et rien, enracinement des structures verticales dans les rapports humains (soit S, soit M), les raisons de vouloir être assistés sont aussi nombreuses que celles de ne pas se suicider.

Osechi_haricots noirs2

Beau-Papa marche vite, il faut être au temple avant minuit. Je ne sais pas ce qu’il y demandera, mais j’imagine que c’est important. Il n’a rien à perdre, il se sait condamné. Je me sens à la fois touché par cet entrain déployé à essayer tout le possible, avec cette énergie qui ne montre pas son désespoir, qui reste virile jusqu’au bout.
Moi je crois plus dans cette force intérieure que dans l’intervention d’un hypothétique dieu créchant dans les cieux ou une pierre, laissant les hommes s’engraisser sur son dos.

Nouvel an_poulet farciNouvel an_sauté de poivrons

Le poulet à la paysanne (fourré à la mousse de seigle et aux marrons) me pèse encore quand on attaque le marathon menant au second temple (Boudhiste, cette fois). En cours de route, de joyeux olibrius braillards nous tendent un verre de saké pêché à même le tonneau, qui trône éventré sur une table plus petite que lui. On parle 2 minutes, papa trépigne. La patience ne risque pas de le gagner maintenant que le temps qui lui reste est compté.

Nouvel an_arbre kowaiiiiiNouvel an_lanternes

On boit, on marche, on prie, on se les gèle. La maison sent bon le mélange de culture, entre mon poulet et les préparations d’Osechi et ses boites empilées. Dedans, des aliments préparés en famille, traditionnellement, à l’heure où tout le monde les achète.

On en mangera pendant 2 ou 3 jours.

Osechi_Mon plateau

C’est trop sucré, pour pouvoir garder longtemps. Une vraie ode à l’alcoolisme oisif, qui fait qu’on glande et bouffe et boit et dort toute la journée. Autant dire que ça donne l’impression que le japonais est vraiment perdu quand il ne travaille pas (le sens de toute sa vie, en principe….), et que les élèves qui fêtent ça sérieusement me reviennent complètement claqués en janvier.

Nouvel an_Attendre au templeOsechi_En flag

On retournera au temple (cf.post précédent), prier, prendre des oracles, poiroter à ne rien faire. Le père et moi partons à vélo et sa fierté n’est pas dépassée, il me tient aisément tête. Une petite prière au cimetière des animaux domestiques (impressionnant, à voir !) et on rentre. On est sûr de revenir l’an prochain.

Osechi_pendant ce temps, à Gadranges2

L’ordre et la répétition des tâches, même les plus inutiles, absurdes, désagréables, avilissantes, inefficaces, tout cela n’est pas culpabilisant : c’est le gardien de l’ordre immuable, qui donne la liberté de ne pas en avoir trop en vous contraignant dans une forme chronologique.

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