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Lapin cretin

Fin de la trilogie automnale.

Le parc de Kinuta sent l’âcre odeur des feuilles de cerisiers qui retournent à l’humus, un parfum d’arrivée au Japon pour moi, et donc, un peu de nostalgie olfactive. C’était en avril.

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Je préfère néanmoins les cerisiers en automne, sans les hordes de vieillards à pellicule, sans les ivrognes du dimanche collés autour du tronc comme les cheveux sur l’écoulement de la douche de l’internat, sans les gamins qui courent, sautent et hurlent sans que la thrombose fulgurante qu’ils méritent de les emporte fulgureusement.

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Le parc de Kinuta est assez calme, et le gamin est comme moi, il a le nez piquant vers les feuilles, ces milliards de motifs, cette graphie complexe que le vent, le poids, l’humidité et la position des branches modèle. Chaque centimètre est une création, et l’oeil cherche naturellement la photographie parfaite, en traçant mentalement le cadre parfait, délimitant des yeux le temple comme le faisaient les Grecs jadis, avec ou sans le bâton consacré, comme une volonté de graver cette beauté sacrée dans la mémoire, qu’on essaye de partager en s’imaginant des amis témoins du rite. Pas besoin d’attendre le vol des oiseaux, le temple des feuilles qui sont tombées du ciel se prédit un avenir tout seul : l’hiver approche.

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Aller à Kinuta, c’est déjà une promenade en soi. L’absence de goût de l’effort venant de la part du cheptel reproducteur de cette glorieuse nation me frappant souvent de stupeur et de dégoût, j’étais étonné que Jacqueline rejette ma proposition d’y aller en bus et suggère 35 minutes à pinces en remplacement. L’occasion de communiquer un peu dans une période où on a un peu de mal à le faire, tout en regardant le soleil d’automne faire bronzer les cerisiers qui ne demandaient que ça.

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Difficile de ne pas se retrouver avec les poches pleines de couleurs végétales…De temps à autre, j’ouvre un livre et une feuille d’érable en tombe. Les feuilles de plaqueminiers déforment les pages des livres de pâtisserie, le pourtour ciselé d’une autre feuille marque une page du roman de son empreinte jaunâtre. Ça fait plaisir et gène un peu en même temps, on rit un peu de sa naïveté au cas où aucun spectateur de la scène ne le ferait.

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Kinuta-Koen est dans l’arrondissement de Setagaya, et il n’est pas petit. On y fait un jogging, pousse sa poussette et celle des copines, fait quelques swings de golf avec une branche cassée. Nous faisons un peu d’escrime avec les nôtres, une excellente excuse pour fouetter un peu le cul de ma copine qui en a bien besoin. Les plus-si-jeunes sans-loisirs tentent quelques coups de batte en plastique avec un non-talent qui force le respect. N’est pas Kenny Powers qui veut. Yeah, fuck your kids !

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C’est la branlette des yeux, ces feuilles de couleur chaude mais froides au toucher, les nervures, les nuances…