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5 gigas de photos transférées sur le disque dur, c’est de l’archéologie pour les yeux et le coeur, des couleurs d’une autre saison, l’odeur des mauves que le corps reconstitue cérébralement, le soleil qui se couche sur le dépôt de train.

J’aime bien mon appart...certes, j’entends l’eau couler quand la voisine prend sa douche, un truc bizarre bourdonne non-stop dans la rue, mais sinon, rien à dire.

J’aurais pu faire un article composé uniquement de jérémiades sur combien c’est dur de trouver un appart.

J’aurais pu cracher ma bile sur le racisme des proprios qui te refuse tellement systématiquement les étrangers que l’agent immobilier doit improviser en disant en disant que t’es prof d’université sans quoi ça raccroche aussi sec. Qu’il t’explique qu’il choisit de demander « Acceptez-vous les Français ?» et non « Acceptez-vous les étrangers ?», sans quoi, le proprio penserait que je suis peut-être coréen, voire pire, Chinois, et faut bien dire entre nous que c’est un peu une sale race, hein… Parce qu’ils viennent et s’installent à 8 dans un studio, font du bruit et puent, sans compter le loyer qu’ils ne payent pas ?

  • Ah, ben on voit que vous les connaissez, hein…
  • Mais ils ne sont pas tous pareils, rassurez-moi ?
  • Ah, c’est vrai, il doit y en avoir des biens, mais comprenez…

Ahah. Il suffit de se faire une petite session « Le petit Bruno Mègret illustré et ses 100 clichés sur les métèques » pour que l’amicale des agents immobiliers entonne du Claude Barzotti en choeur.

Alors que c’était déjà un peu éprouvant de les côtoyer pendant des heures durant, avec leur conversation de bambou mort (« et sinon, vous aimez bien boire un coup ? Moi j’aime la bière… »…wow…), avec leur face de similihost de seconde zone, chaussures pointues, MAIS carrées parce que buziness-iz-buziness, coupe de semi-perruche moitié déluge de gel moitié David Beckham en décalage horaire, costards à rayure juste assez clinquant pour éviter d’être pris au sérieux autant par l’internationale des gens stylés que par les nénettes qui ont le moindre goût, bref, avec leur touche cheap d’aspirants-symbole de la bulle économique, il faut en plus se farcir leur fausse condescendance face à ton statut de bougnoule du Japon.

Pas que ça hérisse tout le monde, hein ? Il y en a qui ne te prennent pas en traître et qui te disent que ça ne va pas être possible à peine tu as poussé la porte de leur placard à dossier (communément appelé AGENCE, ici).

Mention spéciale à celui de Shoinjijamae qui répondit que c’était déjà loué quand je lui disais que je m’intéressais aux apparts vantés sur les affiches qu’il posait devant mes yeux. Après quoi, comme je lui demandais ce qu’il avait d’autre, il a dit : rien.

Ah.

Il aurait bien mérité de se faire pourrir, mais j’étais déjà épuisé, autant par sa connerie que par la recherche.

9 agences, 34 apparts visités, 48 refus préalables pour étrangéitée. Plusieurs désistements après accord préalable, comme celui de Futako-shinchi : pas cher, bien situé, lumineux…

Le proprio répond que c’est OK, en plus sa femme parler un peu français, ils adorent le Poitou-Charente, mais pensent que Ségolène devrait arrêter de dire n’importe quoi pour faire son intéressante, et ils ont un chalet en Savoie, où ils dégustent un petit reblochon arrosé d’une bouteille de roussette du coin, les soirs d’août quand la montagne fraîchit et que la lumière change, les longs couchers de soleil rougissants annonçant l’automne, ses pluies et la rentrée des classes pour laquelle il faudra acheter un nouveau cartable, d’ailleurs Naoto chante « T’AS TON TANN’S ?! » à tue-tête dans toutes les collines, il a encore du manger des champignons avec son grand frère.

Je le sentais bien, mais 2 jours plus tard, ils ont changé d’avis : ON (notez combien c’est précis…genre, le frère du gendre du marchand de légumes connaît quelqu’un qui…) leur avait dit que les étrangers ne faisaient rien que des problèmes.

Retour à la case départ.

Revisites, re-mailing intensif, cette fois avec Fukamin, un copain agent immobilier qui m’aidera beaucoup dans la manoeuvre, négociera, organisera et qui finalement dénichera l’appartement qui va bien et où je suis désormais. Et je le remercie de tout coeur.

Voilà, la life continue. Avec un peu de chance, la situation économique devrait se débloquer doucement, et je pourrai sans doute rembourser les 150.000 yens de téléphone que je dois à une Jacqueline (qui a eu la gentillesse de ne pas me les réclamer) avant novembre. D’ici là, j’aurai aussi l’occasion de poster autre chose que des banalités et des photos.

Pour l’immobilier, vous penserez à faire un tour ICI.

Ça vous instruira bien plus que mon verbe.