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Ma putain de vie numérique, il faut bien que je lui donne quelques plantes de temps en temps, histoire de ne pas vomir du digital par tous les trous. Insatiable, je suce des bits avec schizophrénie, me couchant à l’aube, le disque dur chaud et gonflé et l’œil rougit. Et soudain, le gosse qui grimpait pieds nus aux muriers se réveille, et il réclame du vert.

Donc, un dimanche, suivant les conseils avisés de secret-japan, je suis parti à Sankei-En, du côté de ce qui devrait être la mer, mais ressemble plus à une pataugeoire à pétroliers. Je n’ai pas dit que c’était horrible, hein ? Moi, du moment que ça mouille…Le charme industriel coulant de rouille façon Fos-Sur-Mer / désastre de l’aménagement du territoire post-trente glorieuses , ça prend aussi pour moi. Je ne suis pas difficile, je mange à tous les supertankers.

J’ai failli écrire « le temple » tellement ça semblait logique de trouve un temple dans un parc, mais il s’agit en fait d’une propriété privée.

Parce qu’au Japon, si tu finis par trouver vaguement normal de vivre dans 16m², il y a toujours un truc pour te rappeler que les gens qui ont de la caillasse (vous noterez que je n’ai pas dit « qui gagnent bien leur vie », ce qui est un peu différent) vivent dans 15 à 150 fois ta surface habitable. C’était comme ça jadis aussi. J’ai plein d’autres exemples en stock, mais je vous les ressortirai quand je n’aurai plus rien d’autre à dire et que vous aurez oublié ce post. Comme ça marche avec les magazines chaque été, ça doit bien marcher avec les blogs.


Bref. Grosse surface, pleine d’étangs artificiels grouillants de carpes ouvrant leurs bouches comme pour proposer un soulagement au moine dominicain de passage pour évangéliser les porteurs d’eau locaux, dont le cul musculeux dépasse fièrement de leur fundoshi, offert à la vue de tous, sans considération pour la préférence sexuelle de chacun, faisant vaciller un instant l’hétérosexualité du marin du coin, frustement assis sur une bite du port, attendant que le mousse lui monte une boisson chaude et ravigotante qu’il boira à même la berge.


On pourrait penser qu’après un parc du genre, on les a tous vus, et qu’après les plus beaux, à quoi bon voir les autres. Mais de même que tu as beau avoir surmonté, une vague bosse dans la poche, la déception et l’ennui terrible que représentent la vision d’un pornac japonais plein de mosaïques (que l’habile pochette pleine de trucs qui giclent t’avait fait apporter à la caisse du Tsutaya), tu risques quand même de te faire avoir de même la prochaine fois. Je dis « porno japonais » pour enfler la bande passante du site, comme j’aurais pu dire « Réon Kaneda s’ébrouant sur la plage, cachée derrière ses seins, ou inversement« , puisque là aussi, tu croyais avoir tout vu (et rien vu en même temps, c’est la magie du truc), et pourtant, tu vas en redemander un de ces jours, c’est clair.

Bon, pour les parcs, c’est pareil : Même si tu en as vu d’autres, il y a toujours une émotion qui te traverse, sur ce qui prend tant de temps, le modelage des paysages, le choix des arbres, des pierres, sur ce qui semble perdu et finalement perdure, la fabrication des maisons, le système de fermeture des volets, l’entretien des bâtiments.


Le top, c’est cette maison traditionnelle, préservée avec une majorité de ses outils et ustensiles.
Des parquets qui glissent, des escaliers qui craquent, des recoins sombres où grand-père essayait de coincer sa petite fille à peine pubère (qui craque surement plus qu’elle ne glisse) à l’époque bénie de la loi du silence.

La vieille odeur du tatami et du cèdre, le toit en chaume, le grenier qui sent encore la fumée malgré un demi-siècle d’aération comme mes fesses sentent encore le talc après 30 ans de…euh, passons...les touches de sadisme ordinaire (l’évier à 16 cm du sol, comme ça t’es presque obligé de faire la vaisselle couchée, pendant que grand-père vient te…bref.), le bois qui sèche dehors, etc.

Une envie d‘y emménager tout de suite et d’y installer la fibre optique pour pouvoir continuer à vous écrire des choses aussi passionnantes que ma demi-molle devant du vieux bois, comme là, tout de suite.
Un fantasme de petit bourgeois, que mes parents ont réalisé jadis, version super-hardcore-de-la-mort, sans l’ADSL ni l’eau courante. Mais après tout, les temps ont changé, et pourquoi ne pas essayer d’avoir le beurre et l’argent du beurre ? Un jour, va savoir…