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On est mardi. La fatigue commence à poindre. Elle est autant psychologique que physique : changement de climat, changement de nourriture, de rythme de vie, de longueur de journée, de manière de se faire baiser, de monnaie, de slip tout les 10 mètres, etc.

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La veille, parti à l’aube pour visiter les tas de briques précédemment cités et rentrés tôt aussi non sans en avoir une dans l’estomac, je m’étais ouvert au portier de l’hôtel de mon projet de faire faire des retouches à un veston que j’avais emporté, vu qu’on m’avait vanté les tailleurs thaïlandais, ou plutôt les Indiens de Thaïlande, tels que vous les vendrons les gros racistes qui ne voient pas que le mec avec les ciseaux est en fait un Népalais exploité parce qu’il a plus la culture des belles choses que celles des gourmettes en or qui collent dans les poils.
 
 
Station-service sur l'eau
 
 
Enfourchant sans frémir ni vomir son tuc-tuc vert anglais, ledit portier devenu chauffeur (ces gens savent tout faire, et ils ont le coeur sur la main, Geneviève !) nous montra une maitrise incroyable des embouteillages et sens-uniques bangkokois, à coup de 30 minutes de gaz d’échappement pour 400mètres de marche. Mais marcher, c’est pour les pauvres, et ça ne lui fournirait en rien une commission. Qui plus est, avec tout ces tuc-tucs et leurs gaz d’échappement, là…
 
 
 
Brique brique
 
 
Le tailleur toise ma veste en tweed avec dédain (mais pas à Nara), et en arrive rapidement à me proposer un costume pour un prix imbatablement exorbitant pour la Thaïlande mais relativement bas pour du sur-mesure de pays riche. Après 2 bouteilles d’eau gratuites (quel beau geste !) et une minuscule ristourne, je suis battu. On rentre à l’hôtel, on a faim, la brique a fondue. Il faut trouver un truc à manger.
 
Ma compagne voudrait manger de la vrai bouffe thaï, mais j’ai encore le souvenir cuisant et huileux du premier restaurant. Le guide recommande des gargotes dont les prix doivent faire l’effet d’une histoire belge sur le mangeur local : entre crise de rire et de pitié.
 
 
Refuse, revolt
 
 
Il est décidé contre son gré de faire une promenade pendant laquelle on trouvera un endroit convenable pour diner. Rien. On s’approche des manifestations, on commence à les traverser (relativement : à 15 mètres). Je me tourne, elle est en pleurs, silencieusement.
 
 
La masse
 
 
Habitué comme la plupart des Français (ayant mis les pieds en ville plus de 20 jours dans leur vie) à voir des manifs en veux-tu en voilà, à voir des imbéciles brûler des pneus et arroser la sous-préfecture de choux-fleurs, à voir les moins cons bloquer les postes de péages et donner des artichauts aux vacanciers, à entendre « TOUS ENSEMBLE HEY HEY! » dans les rues dès que la saison le permet, à fumer des joints avant de mettre son keffieh mais sans recouvrir ses badges des Béruriers Noirs avant d’aller taper dans des poubelles avec des docs coquées, comme si Balladur ou Joxe allaient nous entendre, j’avais oublié que pour une Japonaise n’ayant pas connu les années 70, une manifestation, un coup d’état ou un abattoir industriel de gens qui l’ont mérité parce qu’ils se rebellent contre l’ordre établi, c’est la même chose.
 
 
Un marché de grève
 
 
D’où le stress avant de partir. Le stress réprimé pendant le séjour, alors que moi, l’extraordinaire organisation des manifestants me fascine passablement. Le stress de devoir systématiquement passer par là pour prendre le train (Sukhumvit, donc). Le stress véhiculé par les médias japonais, qui ne comprennent rien, et s’en foutent tant qu’il n’y a pas de morts nationales.
 
 
Qui veut des t-shirts ?
 
 
Hug, demi-tour. Un peu honte de n’avoir rien senti venir, après l’avoir trainé chez le tailleur, après lui avoir demandé 600 fois son avis sur le tissu, après lui avoir infligé une journée complète de commentaires désagréables sur l’excursion de merde.
 
 
L'assiette sale, le gout propre
 
 
8 tables en plastique, un serveur débordé, les deux vieux derrière la carriole à tambouille. Une attente de fou, des erreurs de commande justifiée par le fait que le serveur ait en plus sa gamine qui fait du parkour sur les tables et chaises vacantes, jusqu’à l’accident inévitable. Mais, enfin, de la bonne cuisine, dans de la vaisselle à la propreté douteuse. Un porc aux cajous à tomber. Du sucré, du salé, les deux, du piquant, du craquant, du tendre, du coloré. Le meilleur repas du séjour, arrosé par deux litres de bière locale.
 
 
ThinkDans le noir
RDV fadeJe ngor, et toi ?
 
 
En prime, j’aurais même les sourires de la jolie métisse de la table d’à côté, embourbée dans un rendez-vous de mort avec le mec le plus fade du pays.