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Et les voyages à la campagne s’enchaînent, plutôt courts, parfois plus longs.

Kenichi

Maintenir le contact compte. Tout le monde n’a pas le mode de fonctionnement de ma famille, dont les membres éparpillés sur la planète comme les chaussettes dans vos chambres d’adolescents sont capables de ne pas s’appeler pendant une année complète, mais d’enchaîner sur la dernière conversation interrompue comme si de rien n’était, lors des retrouvailles dont l’émoi chaleureux, sincère et démonstratif dure environ 11 secondes.

Vu de l’extérieur, c’est étrange. Vécu de l’intérieur, c’est assez pratique.

SouaguePlantationSol secfenouil

Ici, de la belle famille, ma compagne et moi-même attendons quelque chose : la compréhension ou la non-opposition à notre projet de vie commune et pinardière en France, projet exposé dans l’article précédent, que vous aurez eu le temps de lire 20 fois, jusqu’à l’agacement, vu mon rythme d’écriture. Ce beau projet, bien casse-gueule, enthousiasmant, fou, anxiolytique, nous entendons le faire valider par l’instance familiale suprême, le politbüro du pays du thé vert.

Parce que c’est comme ça, ici.

Persil

Marrons

Pour eux, plus que de l’angoisse, c’est sûrement plus de l’égoïsme qui va se mettre en travers de leur jugement, barrer leurs fronts d’un plissement comme un matin de cuite. Quand tu insistes régulièrement pour que tes gosses se marient et engendrent alors qu’ils te répondent clairement NON à chaque fois, c’est que leur opinion n’est qu’un fétu de paille de riz dans l’œil du voisin, bref, un truc aussi risible et insignifiant que d’utiliser une expression française à bon essaim.

L’assentiment de nos rejetons, quelle broutille ! Nos lardons nous appartiennent jusqu’à la fin, prenez-en de la graine, tas de grands cons venus du pays des blancs, outre-mer, là-bas !!

Je ne m’y fais que moyennement. Moyennement dans son acceptation « éducation nationale » : très nivelé vers le bas.

Dans un entretien avec Gérard Bonnet publié dans Charlie Hebdo* n° 1179, Malek Chebel dit que si le monde musulman peine à se dissocier de ses franges violentes ou idiotes, c’est parce qu’il n’a pas connu l’invention de l’individu, un concept passé un peu en force par les Lumières, en Occident. La dimension individuelle aurait été conceptualisée puis incorporée dans une société qui ne connaissait que la collectivité, nécessaire, de vie commune, intimement liée au séculaire, et l’homme lié à son dieu par le péché.

No copyright

*Je souris comme ça :-}, en pensant à tous ces gens qui se sentent obligé d’acheter Charlie, désormais, et de voir leur sensibilité heurtée pour s’acheter une aura d’ouverture d’esprit. Disons-le : c’est quand même devenu très mauvais.

Chebel prend une réaction comme exemple : si on s’adresse au croyant de l’Islam avec un TU, il répond généralement avec un ON. C’est une généralisation, mais il sait sûrement mieux de quoi il parle que moi.

Unagi

FenêtreAnguille

Pour ma part, ça m’a fait tomber la pièce dans le distributeur de thé vert : au Japanisthan, c’est pareil.

L’individu n’existe pas parce q’u il n’a pas de place légitime. Il n’y a que la collectivité/communauté, et l’égoïsme. Les deux se juxtaposent, nécessairement, parce qu’humainement. On ne sort de l’un que pour tomber dans l’autre.

Ça paraîtra évident à certains lecteurs, et d’autres choisiront de réinterpréter ce que j’écris sous l’angle de la dichotomie « Honme / Tatemae », mais ce sera leur choix, pas mon terrain de jeux. Moi, je prends juste conscience de quelque chose, l’absence de l’individu dans la société japonaise, et la souffrance à exister socialement pour ceux qui ont développé cette maladie mentale. Cette prise de conscience, c’est de celles qui m’aident à avancer dans mon quotidien, pas forcément facile. Merci, Malek Chebel, donc.

Fallait donc aller à Shizuoka pour parler d’avenir, and you know ouate ? ça n’allait pas être coton.

Lieu du crime

On a repoussé trois fois, faute de trouver l’ouverture… et puis, ce samedi, c’est arrivé, entre 16 plats et 8 verres, dans un izakaya de quartier, où un groupe d’enseignant enflammé fêtait sa joie d’être loin des cris des gosses en produisant à coup de conversations houblonnées autant de décibels qu’un canadair de bière au décollage.

Les sauvages

On a parlé du bel âge des beaux-parents, et j’ai enchaîné avec le grand âge des miens, et du souci que ça me procurait, loin d’eux, vivants seuls dans la forêt, et qu’en fait, on envisageait un retour auprès d’eux, même temporaire, oui oui, c’est mieux, il faut, c’est sacré la famille, w’ allah !

J’ai opéré si smoothement que mon verre de saké semblait siffloter du Sade en fond sonore.

Poisson mortAubergine au miso

Beau-papa a beau eu tenter un retour d’égoïsme discret, mais mal assuré, genre « oui, mais j’aimerais bien faire sauter mes petits-n’enfants sur les genoux et si vous… », sa voix trahissait la défaite devant mon verbe, et j’ai fini de noyer le sien dans le nihonshu, comme le gavial emporte le bébé gnou épuisé au fond de la rivière de jus de riz, poli, mais sans pitié.

Riz poli

PleinVide

Mon alibi avait fait le tri, poli aussi, entre ce qui était désormais négociable et ce qui ne l’était point.

Le reste, c’était comme d’habitude : sortir manger de bonnes choses, jardiner, faire du pesto de fenouil ou de shiso (pérille), et cueillir des nèfles, sans violences.

Je vous fait une fleurRosePois

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